DOCUMENT LCI - La commotion cérébrale, ce mal invisible qui frappe l'armée ukrainienne

LCI - 15/05
[VIDÉO] - Depuis le début du conflit, l'armée ukrainienne paye un lourd tribut pour réussir à tenir tête aux troupes russes. Au rang des multiples blessures, les commotions cérébrales - difficiles à détecter et à soigner - sont particulièrement insidieuses. L'une de nos équipes de LCI s'est rendue sur place, aux côtés des soldats, pour mieux comprendre ce phénomène.

Depuis le début du conflit, l'armée ukrainienne paye un lourd tribut pour réussir à tenir tête aux troupes russes.
Au rang des multiples blessures, les commotions cérébrales - difficiles à détecter et à soigner - sont particulièrement insidieuses.
L'une de nos équipes de LCI s'est rendue sur place, aux côtés des soldats, pour mieux comprendre ce phénomène.

Les maux invisibles ne sont pas forcément les moins dangereux. Plus souvent dans l'actualité ces dernières années, notamment pour les difficultés que cela engendre dans le monde du sport, les commotions cérébrales restent encore largement incomprises et difficiles à traiter. Elles constituent pourtant une variable non négligeable des conflits modernes, à commencer par celui en Ukraine. La plupart d'entre elles sont provoquées par les explosions au combat. Des milliers de personnes y sont confrontées.

J’ai un œil qui ne fonctionne plus

Maxime

Quand ces lésions sont détectées, ce qui est loin d'être toujours le cas, les neurologues interviennent directement auprès des soldats. Au plus petit degré, les combattants touchés peuvent rester sur le front, mais lorsqu'elles se succèdent, ils sont obligés de s'arrêter. Considérées comme le "mal" de l'armée par certains spécialistes, ce genre de blessures peuvent provoquer des séquelles à vie, que ce soit en termes d'altération des facultés cérébrales ou d'augmentation des risques de contracter une maladie dégénérative. 

Rencontré par LCI, Maxime a récemment quitté le théâtre des opérations pour être soigné dans un centre spécialisé. Ses blessures sont invisibles et résultent d’une succession de commotions cérébrales. "J’ai un œil qui ne fonctionne plus, des problèmes de colonne vertébrale, beaucoup de problèmes psychologiques, des problèmes d’adaptation, de sociabilisation", témoigne-t-il. "J’ai des crises de nerfs et d’agressivité", ajoute le militaire, affecté au front de Donestk (Donbass).

Indétectable aux rayons X

Partout sur la ligne de front, les explosions laissent des cicatrices au niveau psychologique et mental. "La fédération de Russie se sert d’un très large panel d’artillerie. Alors, la plupart des soldats sont atteints de cette blessure à des degrés différents", confirme Ksenia Voznitsyna, neurologue spécialiste de la question. "Lors d’une explosion, l’onde de choc vient frapper la tête et projette le cerveau contre la boîte crânienne", décrit-elle encore. Particularité, les rayons X ne suffisent pas à déceler une commotion cérébrale. "Elle casse les connexions entre les neurones. Mais à l’IRM, tout paraît normal. L’enveloppe physique dissimule bien les fêlures internes", souligne encore la médecin. 

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Sur le front de Bakhmout (Donbass), où les combats sont particulièrement féroces, Dima cède au fatalisme. "Ça ne peut pas être soigné, ça ne peut pas être guéri. On ne peut qu’anesthésier les effets néfastes de la commotion cérébrale", lâche le soldat de 23 ans, déjà victime de six commotions. "Je suis à la maison, je sors juste fumer une cigarette dehors. J’ai comme une sensation très étrange. J’ai l’impression que, derrière les arbres ou les immeubles, il y a des Russes. Et qu’ils vont surgir pour me tirer dessus. C’est un traumatisme psychologique", décrit-il encore. De quoi compliquer, encore un peu plus, la tâche des troupes de Kiev face à l'envahisseur russe. 

M.G

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