Opposé sur tous les plans. Dimanche 14 mai, Kemal Kiliçdaroglu va tenter de se hisser à la tête de la Turquie, dirigée depuis vingt ans par Recep Tayyip Erdogan. Leader d’une coalition hétéroclite de six partis, formée dans le seul but de défaire l’actuel président turc, Kemal Kiliçdaroglu, donné en tête par les sondages, pourrait bien réussir son pari, alors que le chef de l’État doit affronter pour la première fois depuis son accession au pouvoir, une opposition unie.
Kemal Kiliçdaroglu a pourtant longtemps pâti d’une figure peu charismatique, voire austère. Haut-fonctionnaire de 74 ans, cet économiste de formation dirige depuis 2010 le CHP, le Parti républicain du peuple, créé en 1923 par le père de la Turquie moderne, Mustafal Kemal Attatürk. Il fait néanmoins pâle figure face au Reis, surnom dont a hérité Erdogan, qui s'est, lui, imposé durant sa longue carrière politique comme un tribun maniant volontiers l'invective.
Cette course à la présidentielle semble néanmoins sonner la revanche de Kemal Kiliçdaroglu. Fort d'avoir réussi à unir derrière sa candidature six partis d'opposition, il bénéficie par ailleurs de l'aura de la double victoire en 2019 de candidats du CHP aux élections municipales à Istanbul et Ankara, revers inédit pour Recep Tayyip Erdogan et son parti.
Durant cette campagne, Kemal Kiliçdaroglu a également su imposer son style, diffusant régulièrement des vidéos sur ses réseaux sociaux où il se filme dans sa cuisine ou dans son salon. Né dans une famille modeste, dans la province historiquement rebelle de Dersim (rebaptisée Tunceli, en Anatolie orientale) à majorité kurde et alévie, Kemal Kiliçdaroglu met ainsi en avant sa simplicité, qui contraste avec le faste dans lequel vit Erdogan, depuis son gigantesque palais présidentiel, inauguré par lui-même en 2014.
Le principal adversaire au président sortant, silhouette menue et fine moustache blanche, dénonce par ailleurs depuis des années la corruption qui gangrène selon lui les sommets de l'État. Laïc, il se présente aussi comme un rassembleur, tentant de rassurer les électrices conservatrices en souhaitant garantir le port du voile dans la loi, alors que celles-ci redoutent que son parti, historiquement hostile au foulard, ne revienne sur certains acquis obtenus sous Erdogan. Le septuagénaire s'est également engagé à "respecter les croyances, modes de vie et identités de chacun", à l'opposé d'Erdogan qui taxe régulièrement les LGBTQ+ de "pervers".
Se posant comme le candidat respectueux des institutions, Kemal Kiliçdaroglu s'est présenté tout le long de la campagne comme déterminé à mettre fin "au régime d’un seul homme" afin de rétablir un régime parlementaire garantissant l'indépendance de la justice et le retour à la liberté d'expression. L'union qu'il a réussi à créer derrière sa candidature, à laquelle il faut ajouter le soutien du principal parti prokurde, pourrait permettre de concrétiser ces promesses.
Mais en cas de victoire, Kemal Kiliçdaroglu va-t-il seulement pouvoir diriger, alors même que l'Alliance des six partis est loin de se rejoindre sur un programme commun précis ? "Ils sont assez unis pour faire bloc contre Erdogan, mais ensuite, cela sera beaucoup plus difficile pour gérer le pays, parce qu'il y a beaucoup de questions qui divisent l'opposition", souligne effectivement auprès de TF1info le politologue Bayram Balci. Kemal Kiliçdaroglu ne semble pourtant pas s'en inquiéter, car pour lui, la sui...
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