Ce qu’il faut voir en salles
L’ÉVÉNEMENTTHE FRENCH DISPATCH ★★★☆☆
De Wes Anderson
L’essentiel
Wes Anderson et sa troupe reviennent en roue libre, en noir et blanc et couleurs pastels, entre pastiche et postiches, alternant divertissement premier choix et avertissement pour la dernière fois.
Chacun a son Wes Anderson à lui. Il y a les fans des débuts : le charme pieds nickelés de Bottle Rocket, la neurasthénie du campus de Rushmore, la drôle de douleur familiale des Tennenbaums. Il y a les adeptes de l’orfèvrerie Darjeeling, du modélisme de la Vie aquatique, des miniatures laquées du Grand Budapest Hotel. Et puis les grands enfants, ceux qui s’émerveillent de sa veine animée (Mr Fox, l’Île aux chiens).
Si The French Dispatch invite à ce point à faire ce type de bilan, c’est qu’il se conçoit lui-même comme plusieurs films en un, une expérience de « porte-manteau » (un des termes américains pour désigner la structure en sketchs) fondée sur deux mouvements inverses : un voyage à travers le cinéma français des années 30 à 70 (essentiellement à travers trois longs courts-métrages en noir et blanc) et un hommage au New Yorker, l’une des plus grandes institutions de la presse US. L’enluminure de The French Dispatch est à la fois son génie et sa limite. Les sketches sont ce que sont toujours des sketches : inégaux, souvent longuets, un peu invertébrés. Les acteurs y passent sans y rester, ils sont beaux, grands, célèbres, on voit bien qu’ils s’amusent comme des fous, Wes se régale, lui, à renoiriser, godardiser, truffaldiser, jacquestatiser, clouzotiser, comme le ciné-francophile qu’il est.
Le meilleur du film, au final, est sans doute sa description tendre de la petite rédaction du magazine du Kansas expatrié en France, la chroniqueuse dont on ne voit jamais le visage, penchée qu’elle est sur sa machine à écrire, le journaliste qui ne termine jamais ses papiers, celui qui peut tous les réciter par cœur et le vieux rédac’ chef visionnaire et lapidaire, dont la mort signe celle d’une certaine idée de la presse, névrotique, romantique, esthétique et obsessionnelle. Des qualifica...
[Courte citation de 8% de l'article original]