Dalida, 36 ans déjà : son lien indéfectible avec Paris

Fabrice Dupreuilh - LePoint - 17/10
Dalida, qui nous a quitté le 3 mai 1987, avait marqué de son empreinte la capitale, au gré des succès et des drames. Visite avec son frère, Orlando.

« Elle voulait connaître un succès mondial. Et, pour elle, le monde, c'était Paris. » Orlando ne manque pas de mots pour évoquer l'admiration que Dalida vouait à notre capitale. L'histoire d'amour qui a uni sa sœur à la Ville lumière, il la connaît par cœur. Et la raconte comme on récite une prière, déroulant cette belle épopée qui aura duré plus de trente ans, trente-trois ans pour être précis. Du jour où la jeune Iolanda Gigliotti, fille d'un premier violoniste de l'Opéra du Caire, est descendue de l'avion à Orly, à ce samedi soir habillé de solitude, où, dans sa maison de Montmartre, elle a tiré sa révérence.

L'histoire est belle, peut-être parfois édulcorée, il n'empêche : s'il est vrai que Dalida a aimé Paris passionnément, il est encore plus évident qu'elle y a laissé son empreinte. Elle, l'Italienne de naissance égyptienne, sera parvenue à devenir une fière représentante de la culture française, mieux, une figure du glamour parisien.

Si on réussit à Paris, alors…

24 décembre 1954. Un titre de Miss Égypte en poche, deux apparitions dans des films égyptiens à son actif, Iolanda Gigliotti débarque à Paris. Orlando, de trois ans et demi son cadet, raconte : « Toute petite déjà, elle rêvait de devenir quelqu'un. “Je vous montrerai…”, nous disait-elle, avec son sens du spectacle coutumier. » Iolanda se nourrit de cette certitude ancrée en elle : si on réussit à Paris, alors, on peut réussir partout dans le monde. Elle ne s'appelle pas encore Dalida, mais elle ne doute pas une minute qu'un jour son nom éclaboussera… les affiches de cinéma.

Dalida dans le « maquis » de Montmartre, qui lui rappelait peut-être Choubra, le quartier du Caire, où elle avait vécu enfant. © Pierre VAUTHEY / Sygma / Sygma via Getty Images
Ce n'est pas le music-hall qui fait alors vibrer la fougueuse Italienne. Mais bien le 7e art, elle qui à 20 ans a joué les doublures de Rita Hayworth dans un péplum qui ne sortira jamais. Un réalisateur français, un peu touche-à-tout, Marco de Gastyne, lui ouvre le premier une porte vers son rêve. Elle le suit à Paris et séjourne même quelques semaines dans l'appartement qu'il occupe avec son épouse, à deux pas des Champs-Élysées. Ah, les Champs-Élysées ! Dès son arrivée, le soir de Noël, elle les arpentera pendant des heures, pour rassasier ses rêves d'enfance. « Elle n'avait jamais quitté Le Caire, c'était la première fois qu'elle prenait l'avion. Et sa première grande découverte de Paris, ce furent les Champs-Élysées, illuminés et sous la neige. Elle n'avait pas une garde-robe appropriée à ce type de climat. Mais le froid n'a pas eu de prise sur elle tant elle était heureuse », raconte avec enthousiasme son frère Orlando, en véritable gardien de sa légende.

Sur la scène du cabaret où Brassens, Brel… ont chanté

Ses illusions de cinéma s'effritent doucement au rythme des castings ratés. « Le cinéma, elle avait ça dans le sang… Mais que voulez-vous ? Elle était trop typée, avec ses boucles noires et son regard pharaonique pour jouer les “Mme Tout-Le-Monde”. En définitive, c'est la chanson qui lui a ouvert« » les bras… Et de quelle manière ! », s'emballe le sémillant Orlando. Car Iolanda chantonne, et son tout premier imprésario, un colonel à la retraite, qui a du mal à lui trouver des contrats, lui conseille de tenter sa chance dans les cabarets. Parmi eux, Le Drap d'or, rue Bassano, dans le 8e arrondissement, mais surtout la Villa d'Este, où Dalida va chanter pendant toute l'année 1955. Situé tout près de la place de l'Étoile, au 4, rue Arsène-Houssaye, ce lieu de la nuit accuei...
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