Le voilà qui paraît, en veste longue blanche, visage juvénile, doigts interminables, ses éternelles lunettes noires déjà sur le nez, et son sourire éclatant. Devant l’orchestre et la banderole un peu artisanale sur laquelle est inscrit « Motortown Revue », le présentateur demande au public d’applaudir le chanteur précédent – un certain Marvin Gaye – puis annonce la suite du programme : « Ladies and gentlemen, let me introduce you a very outstanding young man, more or less considerated as a genius of our time. He’s 12 years old, here’s Little Stevie Wonder ! » (Mesdames et messieurs, laissez-moi vous présenter un jeune homme extraordinaire, plus ou moins considéré comme un génie de notre temps. Il est âgé de 12 ans, voici le petit Stevie Wonder !) Alors il s’avance sur scène, guidé par un homme qui le fait s’asseoir sur la chaise blanche et lui met les bongos, ce petit tambour double, dans les mains.
« Heeyyyyy ! » lance le garçon au public du Regal Theater de Chicago, pendant qu’on règle le micro et qu’aucun son n’a encore retenti. Le temps est suspendu. Puis Little Stevie se lance dans un solo de bongos. « Yeaaaah », scande-t-il, tandis que le public commence à battre des mains en rythme. « Mesdames et messieurs, je vais maintenant vous présenter l’un de mes enregistrements : “Fingertips” ». Derrière lui, le bassiste Joe Swift lance les premiers slaps de basse. « Battez des mains, tapez des pieds », psalmodie Little Stevie. La batterie se lance, et la chanson avec elle : c’est Fingertips, un morceau paru quelques mois plus tôt sur son album « The Jazz Soul of Little Stevie » qui n’a pas bien marché. I...
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