Sur le parking d’un magasin de meubles, à Bordeaux, un millier de personnes assistaient à un rassemblement de voitures trafiquées le 14 avril dernier. Mais ce soir-là, le rassemblement illégal va tourner au drame. Dans le public, des passionnés. Alexis, Kelly et Romain arrivent comme spectateurs vers 21 heures à bord d’une Citroën C3 conduite par leur ami Kévin. "On voit des véhicules qui pétaradent, font vrombir leurs moteurs. Il y en a une qui s’est chié le virage, qui s’est pris le trottoir. Mais après, c’était rien de grave", explique Alexis.
Petit à petit, le rassemblement statique tourne au rodéo sauvage. Les voitures vont de plus en plus vite et les apprentis pilotes assurent le spectacle. Certains frôlent dangereusement le public, comme on peut le constater dans le reportage de 7 à 8 en tête de cet article. À 23h15, Kévin et ses passagers décident de quitter les lieux. "À ce moment-là, lui, il a voulu sortir du parking… Comme ça. Il nous a dit 'Je vais faire un tour'. Arrivé au virage, il le prend nickel… Donc après le virage, il nous a dit 'Je suis content, je suis un pilote !' qu’il nous a sorti. Le mec, il s’est cru dans une Formule 1 !. On lui a dit, c’est bon maintenant que tu as fait un tour, on peut rentrer. Et il nous a dit 'Non, j’ai envie d’en faire un deuxième", poursuit Alexis.
Le tour de trop. "Son pneu avant droit a commencé à chasser et moi, j'étais à côté, donc j’ai vu qu’il a mis un léger coup de volant. Et à ce moment-là, bam. J’étais en état de choc parce que je voyais les gens s’éclater sur le pare-brise, crier... C’était horrible", décrit Alexis. 26 personnes ont été percutées par la voiture folle, dont treize blessées. Miraculeusement, aucun pronostic vital n’est engagé.
Des rassemblements de voitures trafiquées comme celui de Bordeaux attirent des milliers de personnes chaque semaine partout en France. Pilotes comme spectateurs sont des passionnés de sport automobile. Souvent, ces "rassos", comme on les appelle dans le milieu, se terminent par des "runs", des courses de voitures illégales sans aucune sécurité pour les spectateurs, qui aujourd’hui font l’actualité avec deux accidents graves en un mois. La justice vient de condamner un chauffard à de la prison, mais a également jugé que des spectateurs victimes étaient coresponsables de ce qui leur est arrivé.
Kévin, réparateur de téléphones de 32 ans, n’avait consommé ni alcool, ni drogue ce soir-là. Ses trois amis, présents dans le véhicule, décrivent un jeune homme qui, habituellement, n’a rien d’un chauffard. "Derrière son volant, c’est quelqu’un de calme, de posé, qui est toujours correct. Il roule tranquillement comme une personne lambda. C’est loin d’être un chauffard. Donc c’est vrai que ce jour-là, il était méconnaissable", reprend Alexis.
Il y a sept mois, Kévin aurait déjà accidenté une voiture lors d’un rodéo sauvage. Le soir de l’accident, après avoir foncé dans la foule, sa réaction a sidéré ses passagers. "Direct il a repris le volant, il a commencé à s’enfuir, donc délit de fuite. C’est vrai que même à un moment donné, on le voyait, il tapait sur le volant ‘Putain, pourquoi j’ai fait ça ?’ Il s’énervait", poursuit Alexis.
Kévin est interpelé quelques minutes plus tard. Selon son avocate, il aurait fui par crainte d’être violemment pris à partie par la foule. "Le mal qu’il a pu causer aux victimes l’affecte profondément et il leur présente ses excuses les plus sincères", ajoute-t-elle. Mis en examen pour blessures involontaires aggravées et pour délit de fuite, il est incarcéré dans l’attente de son procès le 7 juin. Il risque sept ans de prison et l’obligation d’indemniser les victimes. Mais sa responsabilité pourrait être minorée.
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