Al Chibayish (Irak), correspondance particulière.
Deux masses sombres s’extirpent lentement des roseaux et s’enfoncent dans l’eau boueuse du marais. Fendant la surface lisse du liquide, leurs têtes cornues s’en vont paisiblement rejoindre leurs compagnons prostrés sur l’autre rive. Le cadre est idyllique, le silence apaisant, au bon souvenir mythologique du lieu, censé avoir jadis accueilli le jardin d’Éden.
Après les pluies hivernales, les marais de Mésopotamie ont repris un soupçon de vie et de couleurs. Les buffles, à nouveau, peuvent vaquer librement dans ces eaux qu’ils affectionnent tant. Pourtant, depuis de nombreuses années, les lieux souffrent des sécheresses à répétition qui touchent la région.
Les fleuves légendaires de l’Euphrate et du Tigre qui alimentent les marais n’offrent plus leurs débits d’antan
Les fleuves légendaires de l’Euphrate et du Tigre qui les alimentent n’offrent plus leurs débits d’antan. Ils sont victimes du réchauffement climatique et de l’activité humaine en amont : agriculture et barrages. Seules des gouttes parviennent dans les grands marais, dans les provinces du sud de l’Irak.
Les conséquences écologiques sont désastreuses. De grandes surfaces se retrouvent totalement asséchées et les concentrations en sel et polluants atteignent des records, affectant une vie sauvage déjà bien fragilisée. Les poissons meurent à mesure que l’eau se raréfie, les oiseaux migrateurs ne viennent plus.
Les populations, déjà privées de pêche, voient les buffles mourir par milliers. Beaucoup des Madaans, ces habitants des marais, décident de les quitter, tournant le dos à un mode de vie unique et millénaire. Un million dans les années 1970, les Madaans ne seraient aujourd’hui plus que 5 000.
Près d...
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