Dublin se croit en vacances. Le lundi de Pâques de l’année 1916, une grande partie des officiers britanniques de la capitale irlandaise sont partis au champ de courses ou en permission. C’est à peine si les passants remarquent le défilé des Irish Volunteers, ces miliciens nationalistes, partisans acharnés de l’autonomie de l’Irlande, qui paradent régulièrement depuis 1913. Mais ce 24 avril, un fait nouveau se produit : les miliciens sont rejoints par l’Irish Citizen Army, un groupe d’auto-défense ouvrière, né à la même époque, que Lénine appelait un peu pompeusement « la première Armée rouge d’Europe ».
A 10 heures, ce sont un peu plus de 1 000 personnes armées de fusils, de revolvers et de grenades artisanales qui marchent sur la ville. Dans leurs rangs, on retrouve de nombreuses personnalités connues dans les cercles nationalistes : le poète gaélique Patrick Pearse, le syndicaliste révolutionnaire James Connolly, la militante socialo-féministe Constance Markievicz, surnommée « la comtesse rouge », l’énigmatique citoyen américain Éamon de Valera ou encore le très aristocratique homme de lettres Joseph Plunkett. La troupe prend d’assaut plusieurs points stratégiques, dont le jardin public, le palais de justice, la gare et, surtout, la Poste centrale, qui deviendra le navire amiral de l’insurrection. En quelques minutes, le drapeau tricolore des nationalistes, vert, blanc et orange, est hissé sur son toit aux côtés de la bannière bleue du mouvement ouvrier irlandais. A midi, Patrick Pearse, surnommé « le barde guerrier », prend la parole : « Nous proclamons ici la République irlandaise et nous vouons nos vies et celles de nos compagnons d’armes à la cause de sa liberté, de sa prospérité, et de son élévation parmi les natio...
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