Ces derniers jours, l'opération "Wuambushu" prévue à Mayotte était devenue un secret de polichinelle. Jusqu'à son officialisation, jeudi soir, par Gérald Darmanin, qui a évoqué le sujet pour la première fois. "Quatre escadrons de gendarmes mobiles, des policiers de la CRS-8, spécialistes de la lutte contre les violences urbaines, au total 510 membres des forces de l’ordre" ont été envoyés ces derniers jours dans l'archipel, a indiqué le ministre de l'Intérieur. Côté justice, "six magistrats et sept greffiers, ainsi que quinze agents de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ)", ont été dépêchés.
L'objectif, selon Gérald Darmanin, est de "redoubler d’activité" contre la délinquance locale, et notamment une "quarantaine de bandes criminelles organisées" identifiées.
Signifiant "reprise" en mahorais, l'opération Wuambushu vise également à lutter contre l'immigration illégale, majoritairement originaire de l'archipel voisin des Comores, et à détruire des habitations insalubres. "Nous prendrons le temps nécessaire, toujours sur autorisation du juge, car il va de soi que nous relogeons les personnes conformément au droit", a assuré Gérald Darmanin.
Ces derniers jours, les médias locaux rapportaient qu'un "appel à candidature" a été ouvert aux policiers français pour une mission à Mayotte, "du 22 avril au 17 juin". Une date qui concorde avec la fin du Ramadan (95 % des Mahorais sont d'obédience musulmane), mais aussi avec l'actualité parlementaire en métropole puisque l'examen de loi immigration est attendu à l'Assemblée à la même période. À ce jour, les autorités n'ont pas confirmé la date de lancement de l'opération. Elle pourrait commencer au début de la semaine prochaine, a indiqué une source proche du dossier à l'AFP.
Cette opération vise ainsi à raser les habitations de fortune illégales où se rassemblent les personnes en situation irrégulière ainsi que celles qui se trouvent au cœur des filières migratoires, passeurs en tête. Dans le même temps, il s'agit pour les forces de l'ordre de multiplier les contrôles et interpellation d'individus en situation irrégulière, afin de procéder dans la foulée à des expulsions du territoire. Il convient ainsi de rappeler qu'à Mayotte, près d'un habitant sur deux est étranger, et que près de 25.000 personnes (un peu moins de 10% de la population globale) font l'objet chaque année d'une procédure d'expulsion.
Des hauts fonctionnaires, qui témoignaient sous couvert d'anonymat dans les colonnes du "Canard", avaient critiqué un "coup de com" du ministre de l'Intérieur, soulignant que sans mesures pérennes, des telles mobilisations des forces de l'ordre seront nécessaires "tous les 6 mois".
Du côté des Comores, d'où sont originaires de nombreux migrants arrivant à Mayotte, on voit d'un mauvais œil le projet discrètement mis en place Place Beauvau. Celui-ci "va à l'encontre du respect des droits humains et risque de porter atteinte aux bonnes relations" entre les deux pays, peut-on lire dans un communiqué de la présidence comorienne. Des rassemblements ont été organisés en métropole, à Saint-Denis, Paris, Marseille, Lyon, Nice ou Nantes, pour dénoncer l'opération.
Le Journal de Mayotte, ces derniers jours, a relayé une tribune signée par 170 professionnels de santé. Ces derniers se disent "pleinement conscients de la complexité de la situation politique et sociale du territoire de Mayotte", mais partagent leurs "plus vives inquiétudes". Ils demandent que soit maintenue une "continuité de l’accès au soin de la population avant, pendant et après Wuambushu", redoutant que les contrôles et les destructions d'habitats puissent limiter la prise en charge des patients, ou causer des retards de diagnostic. Ils souhaitent par ailleurs "avoir la certitude qu’aucune intervention ne soit opérée dans les lieux de soins". Des critiques ont également été émises par la section régionale du Syndicat de la magistrature.
Dans les rangs des syndicats policiers en revanche, l'opération semble très attendue. L...
[Courte citation de 8% de l'article original]