La France fait face depuis de longs mois à un manque de précipitations. Une sécheresse qui se traduit par des nappes phréatiques au plus bas, une inquiétude pour l'environnement ainsi que par la perspective de mesures drastiques de réduction de la consommation d'eau à travers le pays. Dans ce contexte, l'agriculture attire de nombreux regards, elle qui est régulièrement pointée du doigt pour ses besoins conséquents en eau.
La députée LFI Aurélie Trouvé, invitée sur le plateau de Public Sénat, a expliqué que l'on "ne peut pas continuer à cultiver du maïs dans les régions trop sèches". Pourquoi ? Car cette céréale représente "25% de l'eau consommée en France" pour sa culture. Un chiffre qui a rapidement été contesté sur les réseaux sociaux, jugé largement excessif.
Lorsque l'on parle de consommation d'eau, plusieurs points sont à rappeler. À commencer par le fait que l'eau prélevée n'est pas en intégralité consommée. Une partie des volumes issus des fleuves, rivières et autres nappes phréatiques est ainsi restituée. C'est par exemple le cas pour l'eau qui sert au refroidissement des centrales nucléaires, très largement rejetée une fois utilisée. Notons aussi que lorsque l'on évoque les besoins en eau des cultures, il faut garder à l'esprit que toutes les parcelles ne nécessitent pas une irrigation (environ 7% seulement). C'est le cas pour le maïs comme pour d'autres céréales. Enfin, n'oublions pas que le maïs n'est pas particulièrement gourmand en eau, et qu'il en demande moins que l'orge, le blé ou le soja pour produire des quantités identiques.
Pour vérifier les propos de la députée, il faut se pencher sur l'eau véritablement consommée, et chercher à savoir quelles sont les quantités nécessaires aux parcelles de maïs qui sont irriguées. Selon les chiffres du ministère de la Transition écologique, l'agriculture représente 57% de notre consommation d'eau à l'échelle du territoire, bien que cette proportion soit très variable d'une région à l'autre. Reste à déterminer la place du maïs parmi ces 57%.
Eaufrance, le service public d'information sur l'eau, relève que "l’eau prélevée est utilisée en grande majorité pour l’irrigation", et que les "autres usages agricoles - abreuvement du bétail, entretien des bâtiments, etc. - ont lieu toute l’année mais ne représentent qu’une part minoritaire des volumes d’eau utilisés pour l’agriculture". Les données de l'Agreste - le service statistique du ministère de l'Agriculture - soulignent que 32% des surfaces irriguées sont des parcelles de maïs. On arrive donc à un total de 18% environ de l'eau consommée en France dédiée à la culture du maïs (32% des 57% de l'eau consommée par l'agriculture).
Le chiffre évoqué par la députée LFI apparaît quelque peu surévalué. Le calcul permettant d'arriver aux 18%, néanmoins, est jugé cohérent par Alain Charcosset, directeur de recherches à l'Inrae. Il s'agit d'une "une estimation plausible", glisse-t-il à France Info, insistant sur le fait qu'il s'agit d'une "approximation".
Obtenir un chiffre exact tient de l'impossible, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord car une partie de l'eau utilisée pour l'irrigation n'est pas consommée par les plantes et peut être considérée comme restituée dans l'environnement. Mais aussi parce que la culture d'une partie du maïs n'est pas comptabilisée par l'Agreste dans la catégorie "maïs", étant intégré à un autre ensemble distinct relatif aux "cultures fourragères". Enfin, même s'ils sont minoritaires, les besoins en eau de l'agriculture qui ne sont pas liés à l'irrigation ne sont pas nuls. Nettoyage des locaux, abreuvage du bétail... les 18% nécessitent d'être maniés avec une certaine précaution.
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