Fossés, dents de dragon, tranchées… La Russie aurait entrepris des travaux titanesques pour se préparer à la contre-offensive ukrainienne. Si le Kremlin a concentré ses efforts sur la Crimée, l'ensemble des territoires dont la Russie revendique le contrôle ont fait l'objet de renforts défensifs. De l'oblast de Kherson à Zaporijia en passant par Louhansk et Kharkiv, cette sorte de "ligne Maginot" ferait environ 800 km.
Un grand nombre d’images satellites fournies à des médias - dont le Washington Post et El País - par l’entreprise Maxar Technologies ont permis de dévoiler les contours de cette vaste entreprise de fortification. En particulier en Crimée : selon Mykola Bielieskov, chercheur à l’Institut national ukrainien d’études stratégiques, l'ampleur des travaux est la "meilleure indication" des craintes de la Russie de perdre cette péninsule, annexée en 2014.
The Russians are preparing for a possible Ukrainian Armed Forces offensive in #Crimea , Washington Post said. New satellite images of Crimea from #Maxar show a tangled network of trenches revealing that Russia has built dozens of defensive structures extending over several miles. pic.twitter.com/tyKaVbctSL — KyivPost (@KyivPost) April 4, 2023
Interrogé par El País, John Helin, historien et analyste militaire finlandais, a relevé que les obstacles dressés par la Russie sont similaires à ceux déployés par l'Allemagne durant les années 1930 en guise de réponse à la ligne Maginot française. À ceci près qu'ils seraient moins efficaces : des dents du dragon, ces blocs de béton antichars, auraient été déployées mais ne sont pas creusées dans le sol comme pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils pourraient donc être retirés avec une excavatrice. Les bunkers, eux aussi, n'auraient pas de fondations souterraines ni de murs fortifiés.
Plus au nord, le secteur de Zaporijia est lui aussi verrouillé. Selon le ministère de la Défense britannique, la Russie a achevé la mise en place de trois lignes de défense sur une distance d'environ 120 km. Les zones consistent en une première ligne de positions de combat avancées, suivie de deux zones de défense presque inséparables et plus complexes.
Zaporijia, mais aussi Kherson, sont des zones régulièrement évoquées par les analystes en tant que possibles théâtres de l'offensive des forces ukrainiennes, attendue pour le printemps. Ces territoires sont en effet stratégiques car ils forment une continuité territoriale entre la Russie et la péninsule de Crimée. La rupture de ce pont terrestre serait un revers majeur pour Moscou.
Les militaires ukrainiens, qui ont reçu ces dernières semaines des chars lourds et des canons de longue portée de leurs alliés occidentaux, promettent de déclencher une nouvelle offensive d'ampleur dès que la météo le permettra. Kiev n'a pas divulgué de chiffres mais le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, Evguéni Prigojine, en première ligne dans l'est, a estimé que Moscou devait se préparer à repousser une force ukrainienne de 200.000 à 400.000 hommes.
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