Pourquoi Emmanuel Macron fixe-t-il un cap de "100 jours" ?

LCI - 19/04
[VIDÉO] - Lors de son allocution lundi soir, le chef de l'État a souhaité tourner la page des retraites avec "100 jours" de nouveaux chantiers. Une référence historique française, qui fait aussi écho au traditionnel "état de grâce" de début de mandat. Mais près d'un an s'est déjà écoulé depuis la réélection du président, dont des mois minés par la bataille des retraites.

Lors de son allocution lundi soir, le chef de l'État a souhaité tourner la page des retraites avec "100 jours" de nouveaux chantiers.
Une référence historique française, qui fait aussi écho au traditionnel "état de grâce" de début de mandat.
Mais près d'un an s'est déjà écoulé depuis la réélection du président, dont des mois minés par la bataille des retraites.

Encore englué dans la crise provoquée par la réforme des retraites, Emmanuel Macron veut rapidement tourner la page avec une échéance forte : en "100 jours", lancer les chantiers du travail, de la justice et de l'éducation. Un projet ambitieux présenté lors de son allocution lundi soir, avec pour horizon la date butoir du 14 juillet - en réalité éloignée de moins de 90 jours. En brandissant ce chiffre symbolique, il espère permettre à son début de quinquennat chahuté de trouver un nouveau souffle, un second départ dont il a voulu donner le coup d'envoi ce mercredi en se déplaçant en Alsace. 

Les oppositions, elles, raillent déjà une référence historique malencontreuse. Et pour cause, l'expression renvoie au second règne furtif de Napoléon, les "Cent-Jours", lorsque l'empereur revient au pouvoir en mars 1815, fuyant l'exil. "Il existe un 'mythe des 100 jours' dans notre vie politique, qui remonte à l'épopée napoléonienne. C'est d'ailleurs bien l'idée d'une épopée héroïque que l'usage de cette référence historique veut ressusciter", relève auprès de TF1info Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Mais cet épisode se solde par un échec : l'empereur abdique pour la seconde fois le 22 juin suivant, après la défaite de Waterloo. 

Tenter de rallumer un "état de grâce"

Une issue sinistre que les adversaires du président se sont empressés de lui rappeler. "Les 100 jours, c’est grave, ça se termine à Waterloo, à Sainte-Hélène", a raillé mardi la députée insoumise Clémentine Autain. Du côté du RN, Philippe Tanguy a aussi rappelé que cette brève période s'était conclue par une "débâcle". En réponse, l'exécutif a vite évacué la référence historique : le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a ainsi assuré que l'expression était régulièrement utilisée, notamment pour désigner les "100 premiers jours d'un mandat". 

"Le concept se forge aux États-Unis sous Franklin Roosevelt, lorsqu'il lance le New Deal pour lutter contre la crise financière de 1929", explique Pierre Allorant, politologue et doyen de la faculté de droit d'Orléans. "On pose l'idée que pour être bien acceptées et efficaces, les premières mesures doivent survenir dans les trois premiers mois de mandat." En France, "l'état de grâce" est surtout théorisé lors de la première élection de Français Mitterrand, en 1881. "Durant cette période, un pouvoir qui a une large légitimité populaire et qui vient d’être élu a les mains libres, et s'il doit prendre des mesures très importantes, c’est là qu’il faut le faire", poursuit le spécialiste. 

Il est beaucoup moins audible que s'il l’avait fait dans la foulée de la réélection : on ne peut pas effacer l’ardoise de l’incompréhension

Pierre Allorant, politologue

Or, dans le cas d'Emmanuel Macron, aucune de ces conditions n'est remplie. Au-delà d'aborder son second mandat et non le premier, il doit en partie sa victoire au vote contre Marine Le Pen, et, surtout, il a été réélu il y a un an déjà, en avril 2022. Depuis, "un fossé de défiance" l'oppose à une majorité des Français et aux partenaires sociaux, braqués par la réforme des retraites. "C'est comme s'il tentait une session de rattrapage, une deuxième chance, avec un an de retard", souligne Pierre Allorant. "Mais il est beaucoup moins audible que s'il l’avait fait dans la foulée de la réélection : on ne peut pas effacer l’ardoise de l’incompréhension."

"Le mandat n'a pas encore commencé"

"L'idée est d'inverser le cours des choses en 100 jours, retrouver le feu sacré du départ, alors même que le président a presque retrouvé le niveau d'impopularité de la crise des Gilets jaunes", abonde Bruno Cautrès. "Cela accentue l'idée que le mandat n'a pas encore commencé et souligne à quel point les derniers mois ont percuté son début." Une situation exceptionnelle justifiant selon l'exécutif le recours à cette formule, avec un an de décalage. "On est dans une période particulière, on vient de vivre une crise sociale forte dans notre pays", plaide Olivier Véran. 

Quant à l'objectif qu'Emmanuel Macron souhaite viser au terme de ces trois mois, il reste difficile à définir selon les experts, en dépit de la volonté affichée du chef de l'État de se fixer un cap. "On ne sait pas très bien quelle sera son utilisation de ces 100 jo...
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