Manifestations contre la réforme des retraites : pourquoi de telles flambées de violence à Rennes ?

LCI - 17/04
[VIDÉO] - Au fil des jours, les violences dans la ville de Rennes pour protester contre la réforme des retraites vont crescendo. La maire, Nathalie Appéré, dénonce une "folie destructrice". Philippe Astruc, procureur de la République de Rennes, revient sur ce phénomène pour TF1info.

Au fil des jours, les violences dans la ville de Rennes pour protester contre la réforme des retraites vont crescendo.
La maire, Nathalie Appéré, dénonce une "folie destructrice".
Philippe Astruc, procureur de la République de Rennes, revient sur ce phénomène pour TF1info.

Voitures brûlées, commerces vandalisés, affrontements avec les forces de l'ordre : la manifestation contre la réforme des retraites a une fois de plus dégénéré samedi à Rennes, avec de nombreux heurts au lendemain de violences dans le centre historique.

"Des groupuscules radicaux venus de toute la France ont à nouveau saccagé notre centre-ville cet après-midi (...) Jusqu'où ira cette folie destructrice ?", s'est émue la maire PS de Rennes, Nathalie Appéré, dans un communiqué samedi soir, avant de déplorer "des dommages" qui "se chiffrent en centaines de milliers d'euros".

Deux jours après ces événements et alors que de nouveaux débordements étaient redoutés ce lundi soir pendant et après l'allocution du Président de la République Emmanuel Macron, le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc, revient pour TF1info sur ces épisodes de violences. "Rennes est aujourd'hui l’un des épicentres de la contestation lors des mouvements sociaux, et ce, au moins depuis le CPE (contrat première embauche, NDLR) de 2006. La ville paie à chaque mouvement un lourd tribut en termes de dégradations et d’actions violentes", confirme le magistrat. 

ZAD, groupes radicaux, guérilla urbaine...

Selon les autorités, l’ultra-gauche dans ses différentes composantes successives est très présente dans la ville, notamment sur le campus de l’université Rennes 2. Par ailleurs, la proximité géographique avec Notre-Dame-des-Landes a pu avoir une incidence sur l'émergence et la permanence de ces mouvements. "Cette ZAD a pu un temps servir d’incubateur à cette mouvance", selon le procureur.

 "Les groupes radicaux comme 'Défense collective' s'emploient à faire dès que cela est possible dégénérer les manifestations, comme ce fut le cas samedi dernier et ce, quel que soit le sujet de contestation", affirme Philippe Astruc. "Il s’agit là d’activistes très politisés, aguerris aux techniques de harcèlement des forces de l’ordre et de guérilla urbaine. Ils s’emploient à dégrader des enseignes qui représentent à leurs yeux le capitalisme. Ils s'en prennent à des symboles de l’État, comme le commissariat du centre-ville vendredi soir. Ils n'hésitent pas non plus à s'attaquer à des cibles politiques, comme la maire de Rennes, qui a été menacée, et dont la mairie a fait l’objet de plusieurs tentatives d’incendie lors du présent mouvement, ou deux députés de la majorité qui ont également été victimes d’actes d’intimidation", nous détaille le procureur.

"Entraver la réponse judiciaire"

Toujours selon le magistrat, ces groupuscules sont également" très organisés pour entraver le plus possible la réponse judiciaire". Pour ce faire, il est fréquent que leurs membres n'aient pas de pièce d’identité sur eux, donnent de faux noms et prénoms aux forces de l'ordre, refusent toute signalisation, gardent le silence au cours de leurs interrogatoires, ou encore refusent les comparutions immédiates. 

"Cette mouvance a aussi des capacités importantes de communication via notamment les réseaux sociaux", souligne Philippe Astruc. Cela leur permet de communiquer rapidement et de toucher un grand nombre de personnes, notamment "les étudiants ou de jeunes personnes qui souhaitent exprimer leur défiance vis-à-vis du pouvoir politique ou de tel ou tel projet". "Ces derniers, qui sont moins aguerris et, de ce fait, davantage interpellés après leurs passages à l’acte, n’ont généralement pas ou peu d’antécédents judiciaires" relève le procureur. 

350 interpellations depuis le 19 janvier

Dans le cadre de ce mouvement social, on dénombre 350 interpellations depuis le 19 janvier à Rennes, selon les chiffres communiqués vendredi dernier. Celles-ci ont donné lieu à 186 vérifications d’identité,  162 gardes à vue, et deux auditions libres. " Sur ces 162 gardes à vue, les réponses pénales du parquet de Rennes ont été les 108 réponses pénales (soit pour 67 % des gardes à vue) dont 7 mineurs", nous indique le procureur. Ces procédures ont débouché, entre autres, sur 51 déferrements au parquet, 16 comparutions immédiates devant le tribunal correctionnel, 16 condamnations dans le cadre de mesures de CRPC (comparution sur reconnaissance préalable d...
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