Avant de pouvoir allumer le chauffage ou cuisiner, il faut payer. Pour des millions de ménages modestes britanniques, aucune facture d'électricité ne les attend en fin de mois, mais il faut recharger un compteur avant utilisation, un boitier qui indique la consommation et le crédit restant. Une fois que cette somme a été dépensée, l'approvisionnement s'arrête. "Ils me disent qu'il me reste 8,20 euros", illustre Stuart Evans, un habitant du pays de Galles qui utilise ce dispositif, en pointant l'écran de son compteur dans le reportage du 13H de TF1 en tête d'article.
Ce client a pourtant reçu des factures qui grimpent à plus de 450 euros, qu'il ne s'explique pas. "Je paie l'électricité et le gaz en avance, et cela inclut les frais de fonctionnement", s'irrite-t-il. Le système suscite en effet de plus en plus de mécontentement parmi les ménages qui l'utilisent, déjà éprouvés par la flambée des prix de l'énergie. Et il revient effectivement plus cher que le système antérieur, selon des associations de lutte contre la pauvreté énergétique.
"Les clients avec un compteur prépayé constatent souvent qu'ils n'ont plus d'argent, avant même d'utiliser leur énergie", pointe Peter Smith, directeur des politiques au sein de la National Energy Action (NEA). "C'est à cause des frais de fonctionnement : plus de 50 euros par an", déplore-t-il.
Les associations craignent ainsi que les plus modestes ne se résignent à arrêter de consommer par manque de moyens. Des inquiétudes particulièrement vives ces dernières semaines, pendant l'hiver, puisque plus de trois millions de familles britanniques n'avaient pas les moyens de se chauffer et parmi elles, environ 710.000 ménages ne pouvaient pas non plus se permettre d'acheter des vêtements chauds ou suffisamment de nourriture, selon une étude de la Fondation Joseph Rowntree.
La presse s'est saisie du dossier, après que des clients endettés ont été forcés par leur fournisseur à basculer sur ces compteurs. Fin décembre, le régulateur britannique de l'énergie, l'Ofgem, avait jugé la situation "totalement inacceptable" avec l'hiver "très difficile" qui se profilait alors. "Dans certains cas extrêmes, (...) certains clients vulnérables se sont retrouvés sans électricité pendant des jours, voire des semaines", avait-il fustigé dans une déclaration transmise à l'AFP.
Les associations ont toutefois réussi à obtenir un gel sur l'installation de compteurs prépayés jusqu'en juin prochain, et demandent désormais à l'Ofgem de se pencher sur les 40.000 plaintes de consommateurs reçus l'année dernière. Début février, ce régulateur avait lancé une enquête à l'encontre de British Gas, accusé d'avoir installé de force des compteurs prépayés. Le ministre de l'Énergie avait alors appelé tous les fournisseurs d'énergie à suspendre cette pratique.
Le gouvernement britannique a aussi annoncé il y a un mois une série de mesures pour venir en aide aux Britanniques face à la hausse des prix, en promettant notamment de mettre un terme aux tarifs plus élevés de l'énergie payés par les foyers qui ont recours à ces compteurs.
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