La popularité fulgurante des enterrements de vie de jeune fille

Juliette Baëza - Slate FR - 03/04
Ce rite de passage très récent est soudainement devenu une tradition incontournable pour les futures mariées, alors même qu'il reste associé aux stéréotypes de genre.

Les enterrements de vie de célibataire se sont longtemps conjugués au masculin. Pas question pour les femmes de s'adonner à ce rite de passage subversif! Dès son apparition au XVIIIe siècle, dans les milieux ruraux en particulier, il est réservé aux garçons fiancés qui se livrent alors à une nuit de débauche, souvent en maison close, profitant ainsi de leurs dernières heures de célibat avant les noces.

Les futures mariées, dont la vertu et la chasteté sont rigoureusement surveillées, restent quant à elles sagement dans le giron familial en attendant la cérémonie. Privées de vie personnelle –et notamment sexuelle– en dehors de leur foyer, elles n'ont aucune «vie de jeune fille» à laisser derrière elles.

Une tradition inventée

Dans les années 1970, à la faveur de l'émancipation et de la libération sexuelle des femmes, les enterrements de vie de jeune fille (EVJF) s'ouvrent à elles. «Cette pratique est devenue un phénomène social visible depuis la fin des années 1980, pour revêtir une ampleur insoupçonnée à partir de la fin des années 1990», précise l'ethnologue et professeure émérite à l'Université Paris-Nanterre, Martine Segalen, dans un article publié en 2005.

Florence Maillochon, sociologue et directrice de recherche au CNRS, la rejoint: «Même si les gens le présentent comme une tradition, c'est une pratique très récente qui s'est développée dans les années 2000. Dans les années 1960, ce genre de fête était très rare et quasiment inexistant pour les femmes. La symbolique, à l'époque, c'était vraiment d'enterrer sa vie de garçon.» Si seulement 12% des femmes françaises célébraient ces festivités dans les années 2000, elles sont aujourd'hui 72% chez les moins de 30 ans, selon une étude de l'INED publiée en 2019. Un vrai phénomène de génération, donc, souvent érigé à tort au rang de tradition.

Difficile de déterminer les origines de ce rituel prénuptial pour les femmes. En tout cas, dans tous les pays occidentaux où il s'est popularisé, de la bachelorette party aux États-unis à la hen night au Royaume-Uni, les futures épouses utilisent des codes similaires pour célébrer leur EVJF. Entre filles, le temps d'un week-end, affublées de déguisements et se liv...
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