À 28 ans, Tifany Huot-Marchand a pris un virage imprévu dans sa carrière. La short-trackeuse française a pourtant l’habitude des sorties de piste. Les chutes sont fréquentes en patinage de vitesse sur piste courte. Mais celle qu’elle a vécue fin 2022 l’a laissée paralysée, la moelle épinière touchée à la suite d’une fracture et un déplacement de la vertèbre cervicale C5. Obstinée à se relever, elle mène depuis le plus grand combat de sa vie pour remonter un jour sur la glace et retrouver l’adrénaline de la compétition.
Tifany Huot-Marchand a accepté de se confier mois après mois pendant qu’elle tente de déjouer tous les pronostics. Dans ce cinquième épisode, elle parle de son corps et évoque sa tristesse à l’idée de voir son son outil de travail se transformer, mais aussi le sentiment de liberté au moment de regoûter à l’effort physique. Adepte de la pratique du yoga, la patineuse confie également avoir vécu avec des troubles alimentaires. Voici le cinquième épisode de ses chroniques.
« Mon regard sur mon corps a totalement changé. À jamais. Déjà parce qu’il a évolué. On voit que physiquement mes jambes sont moins volumineuses, moins musclées qu’avant. Le monsieur qui un jour à Arcachon avait chuchoté à son voisin “va demander à la fille aux grosses cuisses de nous prendre en photo” eh bien, il ne pourrait plus vraiment dire cela aujourd’hui.
Et c’est comme pour les trois kilos que j’ai perdus quand tout mon corps était paralysé : ça me rend triste. En tant que sportive de haut niveau, j’ai bossé toute l’année pour être performante et quand mon corps s’est mis à fondre comme neige au soleil, tout ce pour quoi j’avais travaillé s’est éclipsé en deux minutes.
En plus, l’un de mes objectifs avant l’accident était de prendre du poids pour être plus performante. Je suis un petit gabarit et je voulais être plus imposante sur la glace. Alors moi qui déteste la muscu, je rallongeais mes séances et je faisais des abdos tous les jours pour être plus gainée et pouvoir rester stable sur mes appuis si je me chamaillais pendant une course. Mes coéquipiers me chambraient.
Six mois après l’accident, mon corps va mieux, mais ce n’est pas encore ça. J’ai retrouvé mon poids d’avant, 50-52kg pour 1m63, mais c’est différent car je suis moins musclée. Alors je me donne pas mal de mal pour me sentir en forme. Et j’ai l’impression que ça revient.
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Mais est-ce je veux vraiment retrouver mon corps comme avant ? Je ne pense pas. J’ai accepté l’idée que j’aurai probablement des séquelles à vie et que mon corps reste ainsi. Je me dis que je vais travailler au mieux pour le rendre plus fort. Plus fort qu’avant, car je sais que si je chute de nouveau, au niveau du cou, des cervicales, du dos, il faudra que ce soit plus résistant sinon ça risque d’être plus grave que la dernière fois.
Aujourd’hui, le sport est essentiel pour me sentir bien dans ma peau et dans ma tête. Quand j’ai retrouvé les sensations que procure l’effort physique, je me suis sentie libre et libérée. Paralysée, j’avais l’impression d’êt...
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