Nicolas Mathieu, prix Goncourt : « On ne fait pas le bien du peuple contre sa volonté »

Humanite - 27/03
L’écrivain Nicolas Mathieu, prix Goncourt pour Leurs enfants après eux (1), étrille la réforme des retraites imposée au forceps par un président de la République qui agit « en patron d’entreprise ». « Ce qui se joue à présent, c’est une certaine idée de la République », affirme l’auteur de Connemara, qui s’inquiète de voir ainsi le pouvoir dérouler le tapis rouge à l’extrême droite. Entretien.

Vous avez pris position publiquement contre la réforme des retraites. En quoi cette bataille vous apparaît-elle comme un combat « civilisationnel » ?

C’est un sujet qui m’affecte à titre personnel. J’ai notamment été heurté par un certain type de discours : le travail est épanouissant ; deux ans de plus, ce n’est pas si grave compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie, etc. Mon père a commencé à travailler à l’âge de 14 ans, ma mère à 16. Toute mon enfance et mon adolescence, j’ai entendu mes parents se plaindre de leurs chefs, de leurs conditions de travail.

J’ai vu leur fatigue, leur soumission, leur colère, l’usure. Mon père réveillé au milieu de la nuit pour dépanner un ascenseur. Ma mère en burn-out. Les week-ends gâchés, les vacances mêmes dévorées par ces tensions-là. Le sentiment de la vie volée.

Voir aussi :
Podcast. Nicolas Mathieu, écrire pour « rendre des coups »

Plus tard, j’ai connu moi-même des emplois ingrats, j’ai été mêlé à toutes sortes de milieux professionnels. La souffrance au travail n’est pas la règle, mais elle est absolument partout. Aujourd’hui, les gens sortent de ce tunnel du Covid, ils ne parviennent plus à remplir leur réservoir d’essence ou leur chariot de courses, ils se demandent s’ils pourront partir en vacances, et on leur jette cette réforme au visage, maintenant, de cette manière si vicelarde (en l’embarquant dans une loi de financement de la S...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...