Visites discrètes, démissions et anathèmes : l’histoire cachée du collège des Bernardins

Par Emilie LanezPublié le 19/03/2023 à 16:00, mis à jour à 16:00 Partager cet article - L'Express - 19/03
Autour de la drôle d’histoire entre l’ex-archevêque de Paris et une enseignante favorisée, le collège des Bernardins a traversé bien des turbulences. Enquête sur un lieu prestigieux où se pressent Gad Elmaleh, Emmanuel Faber, Mélenchon, Ruffin ou Fanny Ardant. Mitre, vaudeville et cols romains.

Une nef blanche, portée par la grâce de 32 colonnes, semblant - magie de l’architecture cistercienne – tutoyer les cieux. Mille mètres carrés immaculés, voués, depuis huit siècles, au dialogue entre l’intelligence, la culture et la foi. Le collège des Bernardins, blotti dans le Ve arrondissement de la capitale, est devenu, dès sa réfection, achevée en 2008, une scène où déambulent, dînent ou cogitent à peu près tout ce qui compte dans le pays ; un lieu convoité, flatté, qu’Emmanuel Macron, en visite à Rome en octobre dernier, prend soin de citer deux fois. C’est ici, sous l’œil du Christ aux liens, statue nichée en surplomb, que Jean-Luc Mélenchon s’ébahit devant l’exposition sur Notre-Dame, que Cédric Villani, l’ancien député et mathématicien converti à la permaculture bretonne, remet la Légion d’honneur à une amie spécialiste d’intelligence artificielle ; ici, toujours, que Nicolas Lerner, patron de la DGSI et Sébastien Bazin, le PDG du groupe Accor réfléchissent à l’anticipation, que le galeriste Emmanuel Perrotin régale ses invités d’un concert de Juliette Armanet, que Fanny Ardant récite du Stravinsky, que le député François Ruffin disserte sur l’éthique, qu’Emmanuel Faber, ancien patron de Danone, discourt sur le "code source du vivant" ; et le spectateur attentif peut même, la nuit tombée, y apercevoir Gad Elmaleh, cartable en bandoulière, se dirigeant vers son cours sur la Bible - même si le comédien n’est pas le plus assidu des étudiants.

La nuit y abrite quelques discrètes visites, comme celle, en marge du raout Choose France 2019, de ces pointures américaines de chez Google, Microsoft ou Apple, et il fallait les y voir ces maîtres de nos écrans caressant les entraits de chêne coupés en 1150, soudain muets devant l’arche sarrasine du palier, les yeux humides tournés vers la rosace du pignon nord. Rendez-vous select donc, où se croisent des anciens ministres - Alain Juppé, Manuel Valls, Corinne Lepage, Jean-Michel Blanquer -, la militante écolo Camille Etienne, l’anthropologue Philippe Descola, successeur de Claude Lévi-Strauss au Collège de France, la patronne de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, le président de l’Institut Montaigne Henri de Castries ou encore Mathias Vicherat, directeur de Sciences Po. Tous se régalent d’y échanger tant leur voix, savent-ils, portera au-delà de la sacristie gothique. Et puis, sortilège du lieu, ces grands orateurs y éprouvent parfois même les délices d’un frisson de trac, comme Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, confiant à sa compagne Marie-France Baylet, son inquiétude avant de s’y exprimer ; à croire que la magnificence des murs, où l’on devine toujours les moinillons du Moyen Age lisant Aristote sous leur capuche brune, en im...
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