Quand des médecins quittent la Sécu faute de revalorisation du prix de la consultation

LCI - 19/03
[VIDÉO] - Nouvel échec dans les négociations entre médecins libéraux et Assurance maladie. Les premiers demandent une revalorisation du prix de la consultation, en vain. Certains ont donc décidé de se déconventionner, c'est-à-dire d'appliquer des tarifs libres, non remboursés par la Sécu.

Nouvel échec dans les négociations entre médecins libéraux et Assurance maladie.
Les premiers demandent une revalorisation du prix de la consultation, en vain.
Certains ont donc décidé de se déconventionner, c'est-à-dire d'appliquer des tarifs libres, non remboursés par la Sécu.

C'est écrit sur sa plaque : "médecin non conventionné". Comme presque 1% des 220.000 praticiens en activité en France, le généraliste Bruno Paliard a fui la sécurité sociale. C'est-à-dire que c'est lui qui fixe le montant de sa consultation. Elle est à 55 euros, soit deux fois le tarif de base. "Je prévois un créneau de 30 minutes par patient, parfois, c'est un petit peu moins et souvent c'est un petit peu plus", explique-t-il dans la vidéo du JT de 20H en tête de cet article. 

Ces journées sont donc beaucoup plus allégées qu'auparavant. "Dans mon précédent cabinet, j'étais à quasiment 2000 patients en médecin traitant, ce qui était une très grosse activité. Et aujourd'hui, je suis à 300 ou 400", précise-t-il. "Il prend le temps. Tant pis s'il faut payer, c'est pas grave. On fait des concessions", assure l'un de ses patients. La Sécurité sociale participe, mais c'est moins d'un euro. 

Je travaillais 70 heures par semaine, c'était infernal. J'ai fait une sciatique paralysante, je me suis retrouvé au fond d'un lit d'hôpital.

Docteur Bruno Paliard

Quant aux mutuelles, elles remboursent rarement plus de 10 euros. Le médecin, lui, dit ainsi retrouver un rythme de travail décent. "J'ai eu des problèmes de santé parce que physiquement, je ne tenais plus. Je travaillais 70 heures par semaine, c'était infernal. J'ai fait une sciatique paralysante, je me suis retrouvé au fond d'un lit d'hôpital et je me suis dit : 'il faut arrêter les conneries'", raconte-t-il. Du côté des visites à domicile, c'est une ou deux l'après midi, rarement plus. Avec une activité réduite, le docteur Paliard gagne autant qu'avant, en travaillant moins. 

Selon les chiffres de la CPAM, un généraliste touche en moyenne 7640 euros net par mois, un cardiologue 13.797 euros net par mois et un radiologue 18.030 euros net par mois, des salaires plutôt confortables, alors pourquoi demander une revalorisation ? Bruno Paliard a la réponse : "Ce sont des médecins qui travaillent plus de dix heures par jour, qui sont épuisés et au bout du rouleau. Donc cet argent, ils n'en profiteront pas parce qu'ils finiront par se suicider ou faire un arrêt cardiaque", lâche-t-il.

796 médecins non conventionnés

Quitter la Sécurité sociale, cette pratique divise plus que jamais chez les médecins. Il y a ceux qui craignent un système à deux vitesses et ceux qui réfléchissent à sauter le pas. Début mars, les premières Assises du déconventionnement ont même eu lieu à Paris avec un millier de participants. "Nous avons vu des médecins faire de l'abattage, s'épuiser et se détruire (...) C'est pour ça que nous allons nous battre, pour retrouver ce qu'on nous a volé parce qu'on nous a volé la fierté, la liberté et le plaisir d'exercer, nous allons le reprendre", lance le docteur Jérôme Marty, à la tribune. Une menace à peine voilée visant le bouleversement de la santé à la française. 

Ainsi, en France, il y a 80.000 praticiens au tarif de la Sécu, 31.300 avec dépassement d'honoraires et ils sont 796 à être non conventionnés. Comme le docteur Antoine Rose, rhumatologue. Pour ce médecin spécialiste, c'est 60 euros la consultation. Généralement, même avec une bonne mutuelle, les patients prennent à leur charge entre 80 et 100% de la facture. Pour celui qui refuse, "s'il veut pas me régler, il me règle pas, mais il repart sans ordonnance et il va voir un confrère conventionné. Mais les confrères conventionnés, je suis pas sûr que les rendez-vous ce soit à moins de trois mois. Ou quand je suis de mauvaise humeur, je dis de prendre rendez-vous à l'hôpital parce que là c'est dans un an", ironise-t-il. 

Et d'ajouter : "Le problème, c'est qu'on n'est pas dans de la médecine à deux vitesses, là, on est dans plus de médecine du tout", s'insurge-t-il. 

Une sélection par l'argent ?

Si le manque de médecins s'accentue, le risque à terme est bien de ne plus avoir le choix et de devoir se tourner vers des médecins hors sécurité sociale. Gilles Calais, patron d'entreprise à La Garenne Colombes, dévoile au JT de TF1 le planning de son généraliste conventionné : seulement les trois premiers jours de la semaine. À partir du mercredi soir, mieux vaut donc ne plus être malade. "Vous n'avez plus que les urgences, c'est pour ça qu'elles sont débordées ou alors SOS Médecins, m...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...