Mort d'Yvan Colonna : la commission d'enquête pointe un "possible effacement" de données sur son agresseur

LCI - 15/03
[VIDÉO] - La commission d'enquête a demandé à l'administration pénitentiaire le dossier de Franck Elong Abé dans le logiciel de traitement de données sur les détenus. Celui-ci ne contient aucune annotation concernant le meurtrier présumé dans le mois précédent la mort d'Yvan Colonna. Pourtant, selon un document du renseignement pénitentiaire, une agente assure y avoir reporté une conversation entre détenus.

La commission d'enquête a demandé à l'administration pénitentiaire le dossier de Franck Elong Abé dans le logiciel de traitement de données sur les détenus.
Celui-ci ne contient aucune annotation concernant le meurtrier présumé dans le mois précédent la mort d'Yvan Colonna.
Pourtant, selon un document du renseignement pénitentiaire, une agente assure y avoir reporté une conversation entre détenus.

Elle a des "interrogations". La commission d’enquête de l'Assemblée nationale chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements au sein de l’administration pénitentiaire et de l’appareil judiciaire ayant conduit à l’assassinat d'Yvan Colonna a dénoncé mercredi un "possible effacement" de données concernant le meurtrier présumé. 

Le 2 mars 2022, celui qui purgeait une peine de prison à perpétuité à Arles pour l'assassinat du préfet Claude Erignac avait été violemment agressé par Franck Elong Abé, 36 ans, qui purgeait plusieurs peines dont une de neuf ans pour "association de malfaiteurs terroriste". Yvan Colonna était finalement mort des suites de ses blessures après trois semaines de coma.

Un dossier vide

Depuis, une procédure judiciaire a été ouverte pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste", la commission des lois de l'Assemblée a procédé à plusieurs auditions concernant ces faits au printemps, et une commission d'enquête a été mise en place.

Dans le cadre de ces travaux, les députés ont demandé à l'administration pénitentiaire le dossier de Franck Elong Abé dans Genesis, le logiciel de traitement de données sur les détenus, a expliqué Jean-Félix Acquaviva, président de la commission d'enquête. Alors que "quatre à six" annotations mensuelles apparaissent pour ce détenu, il n'en existe aucune à partir du 29 janvier 2022, une absence "anormale", selon le député. 

Relancée, l'administration pénitentiaire a expliqué que les observations concernant les détenus particulièrement surveillés se trouvaient dans "un onglet à part". Mais une fois transmis cet "onglet supplémentaire", à la date du 1er mars ne figure qu'"une information mineure" concernant "un échange de paquet de pâtes".

Une conversation entendue par une surveillante

Or, selon un document transmis par le renseignement pénitentiaire à la commission, une agente a averti sa hiérarchie le 1er mars avoir entendu le jour même "une conversation de trois détenus dont Franck Elong Abé, où le terme 'Je vais le tuer' est apparu" et constaté que ce dernier "vidait sa cellule". Elle a aussi assuré avoir "réalisé une observation" dans le logiciel dédié.

Ces incidents sont pourtant absents des données transmises par l'administration pénitentiaire et n'ont pas été mentionnés lors des auditions à l'Assemblée. "Nous avons les plus grandes interrogations (...) quant à la possible tentative d’effacement de ces données", a commenté Jean-Félix Acquaviva. "Ces informations (…) auraient dû" conduire à "porter encore plus l'attention à la surveillance de l'individu et éviter le drame du lendemain", a-t-il ajouté. 

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"Nous ne nous interdisons pas tout processus judiciaire" si cette "hypothèse" était avérée, a alors prévenu le député. Le rapport de la commission doit être rendu en mai.

E.R. avec AFP

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