Faillites bancaires aux États-Unis : "Il n’y a aucune raison que ça se propage en Europe"

LCI - 14/03
[VIDÉO] - Plusieurs banques ont fait faillite aux États-Unis la semaine dernière, faisant craindre un risque systémique. Les Bourses européennes ont fini en nette baisse lundi, tout comme les actions des grandes banques. Pour en savoir plus, TF1info a questionné l'économiste française Catherine Lubochinsky.

Plusieurs banques ont fait faillite aux États-Unis la semaine dernière, faisant craindre un risque systémique.
Les Bourses européennes ont fini en nette baisse lundi, tout comme les actions des grandes banques.
Pour en savoir plus, TF1info a questionné l'économiste française Catherine Lubochinsky.

Jusqu'à la semaine dernière, personne ou presque ne connaissait leurs noms. Pourtant, l'annonce de la faillite de Silicon Valley Bank, suivie de celles de Silvergate et de First Republic, plus petites mais connues pour leurs liens privilégiés avec le milieu des cryptomonnaies, a provoqué de violentes secousses dans les Bourses et sur les marchés financiers en ce début de semaine. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a tenu à rassurer lundi 13 mars, expliquant qu'il n'y aucun risque de contagion en France. "La réalité, c'est que le système bancaire français n'est pas exposé à la SVB. Il n'y a pas de liens entre les différentes situations" aux États-Unis et en Europe, a-t-il dit, interrogé sur la chute des actions bancaires européennes, notamment les françaises BNP et Société Générale. Mais tout pronostic est incertain en matière financière. Pour en savoir plus, TF1info a contacté Catherine Lubochinsky, professeur d'économie à l’Université Paris 2 et membre du Cercle des économistes.

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TF1info : La semaine dernière, quatre banques américaines ont fait faillite. Que s'est-il passé exactement ?

Catherine Lubochinsky : Silicon Valley Bank (SVB) était la banque des entreprises de la Silicon Valley (elle était le partenaire bancaire de près de la moitié des startups financées par capital-risque, ndlr). En deux ans, de 2020 à 2022, les dépôts auprès de cet établissement sont passés de 74 milliards à 198 milliards de dollars. À cette époque, c’était encore l’âge d’or de la Silicon Valley. Sauf qu’en 2022, la Banque centrale des États-Unis, la Fed, a fait remonter ses taux. Ce qui a eu pour effet de dégonfler la bulle entourant les startups de la tech, qui étaient jusque-là survalorisées. Lorsque ces entreprises (clientes de SVB, ndlr) ont voulu récupérer des liquidités pour continuer leurs activités, la banque n’était pas en mesure de restituer l’argent. 

Pour bien comprendre, lorsque vous faites des dépôts auprès d’un établissement bancaire, celui-ci les utilise en finançant l’économie, en accordant des prêts ou en achetant des titres. Cependant, quand les taux montent, mécaniquement, la valeur des obligations diminue. Silicon Valley a alors revendu les emprunts d’État qu’elle détenait pour 21 milliards de dollars, ce qui a entrainé pour elle une perte de 1,8 milliard. Au même moment, la banque a annoncé qu’elle allait procéder à une augmentation de capital pour recréer des fonds propres. Les clients ont commencé à s’inquiéter et se sont précipités pour récupérer leur argent. 

Pour résumer, premièrement, cette banque a très mal géré son ratio de liquidités. Deuxièmement, comme l’a souligné Bruno Le Maire lors de son intervention, il y avait une concentration des activités dans le secteur des technologies. Alors qu’en finance, le principe numéro un est de faire de la diversification. Bref, c’est une banque qui était très mal gérée. 

Pourquoi les régulateurs américains n'ont pas vu venir la faillite de Silicon Valley Bank ?

Catherine Lubochinsky : Ce qui est surprenant, c’est que l’alerte a été donnée très tardivement. Fin 2022, les pertes potentielles de la banque sur ses titres de dette étaient de 15 milliards de dollars, alors que ses fonds propres étaient de 12 milliards. Les pertes potentielles étaient supérieures aux fonds propres de la banque. Pourtant, personne n’a sonné d’alerte. Par ailleurs, le patron des risques avait démissionné en avril 2022 et il n’a été remplacé qu’en janvier 2023. Autrement dit, la banque a fonctionné pendant plus de six mois sans patron des risques. 

Il n’y a aucune raison pour ça se propage en Europe

Catherine Lubochinsky

Les Bourses européennes ont fini en nette baisse ce lundi, tout comme les actions des grandes banques. Faut-il craindre une contagion comme le redoutent certains spécialistes ? 

Catherine Lubochinsky : Il y a toujours eu des faillites bancaires et il y en aura toujours. L’important, c’est que ces faillites ne se répercutent pas dans le système économique et financier, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas une dimension systémique. Les marchés s’inquiètent, car on a encore en mémoire la crise financière de 2008. La crainte, c’est le fameux effet domino, c'est-à-dire qu’il y a une banque A qui fait faillite et le problème, c’est que la banque B lui avait prêté de l’argent. Donc, la banque B ne sera pas remboursée et aura des pertes. 

L’autre possibilité, c’est que des banques américaines ou européennes soient propriétaires de l'une de ces ban...
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