Parti de tout en bas, il ne quitte plus le sommet. Fils d'un proche de Mao Zedong, Xi Jinping a connu une enfance tourmentée, marquée par la chute aux enfers de sa famille, accusée de traitrise. Entre mauvais traitements, séances d'autocritique et exil à la campagne... ce calvaire l'a marqué au fer rouge. Parti des abysses de l'échelle sociale, Xi Jinping a progressivement gravi les échelons, notamment au sein du tout-puissant parti communiste. Des efforts qui ont fini par porter leurs fruits en 2013, lorsqu'il a été porté, le 14 mars, à la présidence de la Chine par l'Assemblée nationale populaire, succédant à Hu Jintao.
Près d'une décennie plus tard, l'homme de 69 ans occupe toujours les plus hautes fonctions à Pékin. Et ce n'est pas près de s'arrêter puisque le Parlement chinois - inféodé au Parti communiste - a entériné, le 10 mars dernier, un troisième mandat à venir. La suite logique pour un habile et impitoyable politicien qui a totalement transformé son pays, aussi bien sur le plan sociétal que politique et économique, tout autant à l'intérieur de ses frontières qu'à travers le reste du globe. Voici en quoi.
L'un des traits les plus marquants des années de pouvoir de Xi Jinping se retrouve dans le renforcement de son pouvoir personnel. Le dirigeant s'est appuyé sur l'omnipotence du Parti communiste chinois (PCC), qui gouverne la Chine depuis la fin de la guerre civile de 1949, pour s'accrocher, sur le long terme, au sommet de l'État. Peu après son arrivée aux affaires, en 2013, le néo-président a promulgué, en catimini, le document n°9. Dans ce texte, Xi Jinping bat en brèche les idées libérales et énumère les "sept périls" occidentaux les plus dangereux pour la Chine, tels que la démocratie, les valeurs universelles des droits de l'homme ou la liberté de la presse. Le ton est donné.
Rapidement, l'homme fort du parti communiste le plus puissant au monde s'attaque à la corruption. Sous le couvert d'une campagne sans pitié contre ce fléau, il se débarrasse de tous ses opposants, systématiquement emprisonnés. La purge touche tous les secteurs - particulièrement l'armée et la politique - et fait des centaines de milliers de victimes. En parallèle, le leader de la république populaire de Chine fait inscrire, lors du XIXe Congrès du PCC (Parti communiste chinois) du 24 mars 2017, la "pensée Xi Jinping". Un honneur jusque-là réservé à Mao Zedong et à Deng Xiaoping. Il va encore plus loin un an plus tard en sollicitant l'Assemblée nationale populaire pour une modification de la Constitution. Il supprime alors la limitation à deux mandats, ouvrant la voie à une présidence à vie. Aucun rival ni éventuel successeur n'est plus, alors, susceptible de lui faire de l'ombre.
Ces manœuvres s'accompagnent de la mise en place d'un culte de la personnalité et d'une inflexibilité idéologique : la seule ligne de conduite valable est celle que Xi Jinping définit.
Ce durcissement de la politique va de pair avec une batterie de mesures liberticides. La censure est durcie. Les libertés individuelles sont, elles, notablement réduites. Tout opposant à la ligne stricte du pays est emprisonné ou disparaît soudainement. Entre 2013 et 2020, les incarcérations dans les "prisons secrètes" ont explosé, rapporte VOANews, qui s'appuie sur des données de la Cour populaire suprême. Leur nombre est passé de moins de 500 en 2013 à près de 6000 en 2020.
Xi Jinping a également tiré parti de la crise du Covid-19 pour resserrer, encore un peu plus, l'étreinte sur ses citoyens, en attestent les dispositions draconiennes prises à cette occasion. L'expérimentation du "crédit social" - un système qui distribue des bons et mauvais points aux citoyens en fonction de leurs actions quotidiennes -, qui s'appuie largement sur l'utilisation massive de la reconnaissance faciale et d'une surveillance systématique, va aussi dans ce sens. Un mode de fonctionnement à rendre jaloux le "Big Brother" de George Orwell.
Toutes les formes de développement de la société civile ont été stoppées
Teng Biao
"L'espace limité qui existait dans la société civile pendant la période de réforme et d'ouverture a été supprimé par Xi au cours de la dernière décennie", confirme Teng Biao, un juriste chinois basé aux États-Unis, dans les colonnes du média allemand DW. "Depuis son arrivée au pouvoir, les avocats spécialisés dans les droits de l'homme, les églises familiales, le mouvement féministe et les ONG ont tous été brutalement réprimés par les autorités chinoises. En fait, toutes les formes de développement de la société civile ont été stoppées", ajoute-t-il.
Loin de se contenter de réformes internes, Xi Jinping s'est tourné vers le commerce international. Son projet de "nouvelles routes de la soie" - baptisé Belt and Road Initiative (BRI) - vise à construire et à prendre le contrôle d'infrastructures stratégiques (chemins de fers, ports, aéroports) sur le globe. Initialement centrée sur l'Asie, cette initiative s'est rapidement étendue à l'Europe et à l'Afrique. Pour cela, Pékin rachète...
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