De nombreux débats sur la perte de souveraineté alimentaire de la France ont eu lieu au moment du salon de l'agriculture. Tentons de prendre du recul et de faire le point sur cette question. Il s'agit du droit des populations et de leurs États ou groupes d'États de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs besoins sans qu'elles puissent avoir un effet négatif sur les populations d'autres pays. Elle représente un moyen essentiel d’obtenir la sécurité alimentaire, laquelle garantit une quantité adéquate d'aliments disponibles, l'accès des populations à ceux-ci, et le problème de la prévention et gestion des crises. Pour y voir plus clair, voyons plus haut et plus loin…

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Alimentation moderne : les grandes avancées et les échecs depuis un demi-siècle L'industrie alimentaire nous nourrit-elle mal ? Oui et non, démontre le docteur Cocaul, nutritionniste et...

On mange mieux sur une Planète avec 8 milliards de terriens

À l'échelle mondiale, malgré le développement absolument considérable de la population, qui est passée de 3 milliards en 1960 à 8 actuellement, et a donc été multipliée par 2,6 en ce laps de temps très court de deux générations, on mange beaucoup mieux actuellement que ce que faisaient nos grands-parents.

La production des 2 aliments les plus importants (au moins pour l'Europe et l'Asie), le blé et le riz, a été multiplié par 3,5 et celle du maïs par 5,7. Il est donc plus facile d'acheter une baguette de pain, un bol de riz ou une tortilla de maïs maintenant que nous sommes 8 milliards que quand nous n’étions que 3 milliards.

Dans le même temps, les productions de fruits et légumes ont été multipliées par 4,4 et 5,8, celles de la viande et des œufs par 4,7 et 6,2 ! À l’échelle mondiale, on a beaucoup plus de sécurité alimentaire. Bravo les agriculteurs, et bravo la révolution verte.

Malgré une augmentation de la population sans précédent dans l’histoire de l’humanité depuis les années 60, l’agriculture mondiale a fait beaucoup mieux, la sécurité alimentaire mondiale n’a cessé de progresser. Graphique de l’auteur à partir de chiffres FAOstat. © Bruno Parmentier, tous droits réservés 

Examinons une autre manière de considérer la sécurité alimentaire mondiale. Le nombre de personnes qui ont faim, parce qu'elles n'ont pas accès à suffisamment de calories alimentaires, reste d'une remarquable et navrante stabilité, entre 8 et 900 millions depuis plus d'un siècle. Ce véritable scandale ne doit pas faire oublier que l’on a donc réussi à nourrir 5 milliards de Terriens de plus depuis les années 60, et sur la même quantité de champs — entre le défrichement et l’urbanisation, la surface consacrée aux céréales dans le monde est restée stable, entre 600 et 700 millions d’hectares.

Des continents entiers, pourtant très peuplés, ont réussi à éradiquer la faim : l'Europe, bien sûr, et la Chine, qui pourtant ont subi pénuries, disettes et famines pendant des millénaires. Mais aussi une bonne partie du sud-est asiatique, et la quasi-totalité de l’Amérique. En fait, à part quelques exceptions, que l'on peut expliquer par des considérations géopolitiques, comme la Corée du Nord ou Haïti, ou des pays en guerre, la faim est maintenant centrée sur seulement deux régions du monde : la péninsule indo-pakistanaise (incluant l’Afghanistan et le Bengladesh), où elle n’arrive pas à diminuer, et l’Afrique sub-saharienne où, malheureusement, elle progresse année après année. Le reste du monde a gagné (avec beaucoup de travail) le droit à un minimum de sécurité alimentaire.

Depuis le début du XXe siècle, la proportion de sous-alimentés dans le monde est passé de 50 à 10 % de la population mondiale. Malheureusement, ce fléau s’aggrave néanmoins en Afrique sub-saharienne, et stagne dans la péninsule indo-pakistanaise. © SSGT Charles Reger, Wikimedia Commons, DP

Bien sûr, certains pays n'arriveront jamais à se nourrir seuls, en particulier parce qu'ils ont une très grosse population sur peu de terres cultivables, mais leur bonne insertion dans l'économie mondiale rend très probable qu'ils puissent durablement acheter ailleurs la nourriture dont ils auront besoin, comme le Japon, la Corée du Sud ou la Suisse. Pour d’autres, comme l’Égypte, où 110 millions de personnes habitent sur un immense désert traversé par une seule rivière, la situation peut vite devenir plus problématique, comme on l’a vu avec l’arrêt des exportations de blé de l’Ukraine… En Afrique, la situation reste très préoccupante dans deux pays à très forte densité de population : le Nigéria et le Rwanda, idem en Asie, au Bangladesh. Mais, gardons à l’esprit qu’au XXIe siècle, où l'on possède d’excellentes techniques agricoles, la faim n’est plus d’abord la conséquence de l’ignorance et du dérèglement climatique, mais bien de la cupidité, de l’incurie et de l’indifférence des Hommes, comme je l’ai abondamment développé dans mon livre Faim zéro, en finir avec la faim dans le monde. Et que ce que l’Homme a fait, il peut, s’il le veut vraiment, le défaire… Le développement de l’agriculture européenne a été magnifique depuis la mise en place de la Politique agricole commun...
[Courte citation de 8% de l'article original]