Dans les rangs des écologistes, on estime que la sécheresse hivernale qui sévit actuellement France nécessite de s'interroger sur nos moyens de production d'énergie. Et de réfléchir de manière plus large à notre dépendance au nucléaire. La secrétaire nationale d'EELV, Marine Tondelier, a tenu à rappeler que le refroidissement des centrales demandaient d'immenses ressources en eau.
"Nous entendons toutes sortes de mensonges ou de contrevérités sur la consommation d'eau du nucléaire", regrette-t-elle, avant d'assurer que dans notre pays, "️️près d’un tiers de l'eau consommée" sert au refroidissement des centrales. Un chiffre qui tranche avec ceux avancés par les représentants de la filière nucléaire et avec les discours des élus de la majorité, se voulant rassurant pas rapport aux besoins en eau des centrales.
Du côté de la Société française d'énergie nucléaire (SFEN), on explique que "toutes les activités économiques humaines nécessitent des prélèvements en eau importants dans le milieu naturel", et que "le secteur électrique, majoritairement nucléaire, n’échappe pas à la règle". Pour autant, les besoins en eau sont présentés comme modérés en définitive, puisque "98% de l’eau prélevée est restituée". Un discours qui tranche avec celui de Marine Tondelier et des écologistes.
Lorsque l'on tente d'y voir plus clair sur le sujet, on constate en premier lieu qu'il est indispensable de différencier l'eau prélevée de celle qui est consommée. Le centre d'information sur l'eau met en avant le distinguo entre ces deux termes : "Les prélèvements désignent la quantité d’eau prélevée dans le milieu naturel puis rejetée après utilisation (donc à nouveau disponible)", apprend-on, "tandis que la consommation correspond à une quantité d’eau prélevée, réellement consommée, absorbée." Une eau consommée qui ne peut donc "pas être renvoyée directement dans la nature après usage".
Les centrales nucléaires, pour leur refroidissement, utilisent environ 50% de l'eau qui est chaque année prélevée, devant toutes les autres sources. Pour autant, il faut bien préciser que la majeure partie de cette eau retourne ensuite dans la mer ou les fleuves et rivières. La SFEN se réfère sur son site à des chiffres désormais anciens, qui remontent à 2010. L'eau véritablement consommée pour le refroidissement, peut-on lire, équivaut à "20% du bilan de consommation de l’eau en France" à l'échelle d'une année.
Des sources plus récentes vont dans le sens de Marine Tondelier. Le bilan environnemental de la France réalisé par le ministère de la Transition écologique soulignait ainsi dans son édition 2021 qu'en moyenne, "entre 2008 et 2018, le volume annuel d’eau consommée est estimé à 5,3 milliards de m3 en France métropolitaine (soit environ 20 % de l’eau prélevée, hors alimentation des canaux)". Si l’agriculture est présentée comme "la première activité consommatrice d’eau avec 45 % du total", vient ensuite "le refroidissement des centrales électriques", essentiellement nucléaires, à hauteur de "31%". C'est à ce document, plus récent, que la cheffe de file des écologistes se réfère pour évaluer les besoins en eau des centrales.
Notons que toutes les installations nucléaires ne sont pas égales en matière de besoins en eau. EDF distingue les centrales refroidies en circuit (ou cycle) ouvert, de celles en circuit fermé. "En circuit ouvert, l’eau prélevée est restituée en quasi-totalité (> 99 %) au milieu aquatique à proximité du lieu de prélèvement après s’être échauffée." En revanche, "dans le cas des centrales équipées d’aéroréfrigérants [...] une partie de l’eau prélevée (environ 40% soit environ 2,5 L/kWh net) s’évapore dans la tour aéroréfrigérante en émettant un panache de vapeur et ne regagne pas le cours d’eau". Seuls 30 des 56 réacteurs français, à refroidissement fermé, sont donc des "consommateurs" d'eau.
Dans les rangs de la majorité, on insiste sur les faits que les centrales en cycle ouvert restituent toute l'eau prélevée dans la nature. Sans pour autant nier que celles en cycle fermé en consomment, mais en affichant de moindres besoins. L'impact du changement climatique, avec des risques de sécheresse et de mise à l'arrêt des réacteurs, est par ailleurs jugé négligeable. ...
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