Quand les satellites d'Elon Musk nuisent aux observations du télescope Hubble

LCI - 08/03
[VIDÉO] - La multiplication du nombre de satellites autour de la Terre menace l'observation astronomique. Le télescope spatial Hubble de la Nasa a déjà commencé à en faire les frais, révèle une étude.

La multiplication du nombre de satellites autour de la Terre menace l'observation astronomique.
Le télescope spatial Hubble de la Nasa a déjà commencé à en faire les frais, révèle une étude.

C'est devenu la hantise des astronomes, tant professionnel qu'amateur. La multiplication du nombre de satellites en orbite basse, amplifié par le déploiement de méga-constellations comme Starlink de SpaceX ou d'autres, suscite de plus en plus l'exaspération des astronomes. 

Dans une étude publiée cette semaine dans la revue Nature Astronomy, une équipe de scientifiques, dirigée par l'astrophysicien Sandor Kruk de l'Institut Max Planck, s'alarme des effets négatifs liés à la présence de ces visiteurs nocturnes importuns sur les observations du télescope spatial Hubble.

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Pour bien comprendre, comme l'explique le site Universe Today, le télescope Hubble utilise un temps d'exposition de 11 minutes en moyenne afin de photographier les confins de l'Univers. Lorsqu'il s'agit d'images composites, c'est-à-dire un empilement de photos, le temps de pose peut même atteindre 35 minutes, voire des jours dans les cas les plus extrêmes. L'une des images les plus célèbres de l'observatoire spatial de la Nasa, connue sous le nom de "Champ extrêmement profond d'Hubble" (en anglais, "Hubble Extreme Deep Field"), avait nécessité, à titre d'exemple, plus de 22 jours d'observation.

Des traînées lumineuses liées au passage de satellites sur images prises par le télescope spatial Hubble. - Kruk et al. 2023.

En fouillant dans les archives, l'équipe d'astronomes a pu évaluer avec précision l'impact des traînées produites par ces oiseaux aux ailes d'acier sur les observations de la longue vue de la Nasa. Ainsi, alors qu’entre 2009 et 2020, la probabilité de voir un satellite sur un cliché d'Hubble était de 3,7%, ce pourcentage atteint 5,9%, un an plus tard, en 2021. "Avec le nombre croissant de satellites artificiels actuellement prévus, la fraction des images du télescope spatial Hubble traversées par les satellites augmentera au cours de la prochaine décennie", met en garde l'équipe d'astronomes, citée par Universe Today. 

Rien qu'en 2022, pas moins de 2469 satellites ont été placés en orbite terrestre basse, un chiffre en hausse de 36% par rapport à l’année précédente. Et ce n'est là encore que le début : 420.000 satellites pourraient ainsi être lancés avant la fin de la prochaine décennie, avance, auprès du New York Times, le chercheur américain Jonathan McDowell, du centre d'astrophysique Harvard-Smithsonian. Ces dernières années, de nombreux projets visant à fournir un accès internet haut débit par satellites ont vu le jour, de SpaceX (Starlink) à Amazon (Kuiper), en passant par le Britannique OneWeb ou encore le Chinois Starnet/GW. 

SpaceX s'efforce de résoudre le problème

Dans un article publié en 2021 sur le site The Conversation, l'astronome Samantha Lawler, de l'Université de Regina au Canada, s'alarmait du déploiement de ces méga-constellations. "Bientôt, un point lumineux sur quinze dans le ciel nocturne sera un satellite (...) Cela aura un effet dévastateur sur la recherche en astronomie et modifiera complètement le ciel nocturne dans le monde entier", et pas uniquement pour les astronomes professionnels, soulignait la chercheuse, évoquant le chiffre de 65.000 satellites en orbite terrestre basse d'ici à la fin de la décennie. 

L'entreprise d'Elon Musk, dont le réseau Starlink compte plus de 3000 satellites, s'efforce de résoudre le problème. La semaine dernière, SpaceX a fait savoir que sa deuxième génération de satellites utilise désormais une peinture noire à faible réflectivité ainsi que des films miroirs diélectriques qui reflètent la lumière du soleil loin de la Terre, rapporte le site Spaceflight Now. "Bien que nos satellites V2 Mini sont plus grands que les versions précédentes, nous nous attendons à ce qu'ils soient aussi sombres, voire plus sombres", a expliqué Elon Musk. Une solution cosmétique, mais qui est encore loin de convaincre les astronomes...

Matthieu DELACHARLERY

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