La production nucléaire commençait à peine à retrouver des couleurs en France qu'elle connaît un nouveau revers inquiétant. Depuis octobre 2021, plusieurs réacteurs ont été mis à l'arrêt en raison d'un phénomène de corrosion qui a obligé EDF à mener d'importantes opérations de contrôle et de réparation. Au début de l'hiver, la situation a même fait craindre un manque d'électricité pour les foyers français, en pleine crise de l'énergie, et la situation a contribué aux pertes colossales enregistrées par l'électricien en 2022.
À la fin de l'année, EDF avait toutefois estimé être "sorti de la situation de crise concernant la corrosion sous contrainte" et être entré "dans une phase d'industrialisation et de standardisation" des réparations. Mais, coup dur : mardi 7 mars, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé à l'électricien de "réviser sa stratégie" après la découverte d'une fissure d'ampleur sur un circuit de secours d'un réacteur à l'arrêt à Penly 1, en Seine-Maritime.
Une fissure bien plus importante que celles observées jusque-là, qui n'étaient de l'ordre que de quelques millimètres. Celle de Penly 1, qui se trouve à proximité d'une soudure, s'étend "sur 155 mm, soit environ le quart de la circonférence de la tuyauterie, et sa profondeur maximale est de 23 mm, pour une épaisseur de tuyauterie de 27 mm", détaille l'ASN. Par ailleurs, si Penly 1 faisait déjà partie des 16 réacteurs identifiés comme les plus sensibles au phénomène de corrosion sous contrainte, la portion de circuit aujourd'hui mise en cause n'avait pas été ciblée comme étant sensible.
Entendu par les sénateurs mercredi, le président de l'ASN a qualifié le sujet de "sérieux". Bernard Doroszczuk a expliqué que le problème de Penly était dû à une "soudure qui a été doublement réparée, car l’alignement des tuyauteries avant la soudure a été forcée (...) Il y a eu une approche qui n’est pas acceptable, qui a consisté un peu à forcer les tuyauteries pour les aligner pour les souder, et il y a eu sur cette soudure des défauts qui ont conduit à une deuxième réparation". Donc "on est sur un point singulier, on n'est pas sur une explication générique. Cela ne veut pas dire que ce défaut ne peut pas apparaître ailleurs".
L'incident a été classé au niveau 2 sur l'échelle INES, l'échelle internationale de classification des incidents nucléaires civils qui en compte 8. "Ce qui est nouveau, c'est la profondeur de la fissure, soit 85% de l'épaisseur du tuyau, et le facteur explicatif lié à cette notion de double réparation lors d'une opération de réalignement de circuits", indique à l'AFP Yves Marignac, expert en énergie et membre des groupes permanents d'experts de l'ASN.
Cette fissure soulève d'ailleurs des inquiétudes sur la possibilité d'un phénomène plus large. "Le fait que des fissures plus importantes soient possibles pose la question du maintien en fonctionnement des 6 réacteurs de même type P'4", dans l'attente de leur réparation préventive prévue courant 2023, alerte Yves Marignac. Sur les 16 réacteurs, les plus récents et identifiés comme les plus sensibles, 10 doivent encore être contrôlés et réparés en 2023 : 6 doivent être réparés d'office, sans passer par la phase de contrôle, et 4 poursuivront les travaux commencés en 2022, a indiqué EDF à l'AFP.
Cette découverte jette de nouvelles incertitudes sur la fiabilité du parc nucléaire français et la production des 56 réacteurs du pays pour 2023. En 2022, année noire pour EDF, l'électricien a déploré une production au plus bas depuis 1988, entraînant une perte de 18 milliards d'euros, là où d'autres ont enregistré des bénéfices sans précédent, en raison de la flambée des prix de l'énergie. Selon une étude du World Nuclear Industry Statut Report la disponibilité des centrales en France a atteint un plus bas historique à 54% contre 73% en moyenne sur la période 2015-2019 et le nucléaire n'a représenté que 62,7% de la...
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