Psycho : le "small talk", l'art de papoter de tout et de rien avec son voisin

LCI - 06/03
[VIDÉO] - Vous le pratiquez tous les jours sans même vous en rendre compte : le "small talk", c'est cette conversation anodine que l'on engage avec son voisin ou son boucher. Une convention sociale perçue comme une forme de politesse et d'altruisme, mais qui peut aussi être vécue comme une source d'angoisse.

Vous le pratiquez tous les jours sans même vous en rendre compte : le "small talk", c'est cette conversation anodine que l'on engage avec son voisin ou son boucher.
Une convention sociale perçue comme une forme de politesse et d'altruisme, mais qui peut aussi être vécue comme une source d'angoisse.

Parler de vos vacances au chauffeur taxi ? Impossible. Discuter de la pluie et du beau temps avec la gardienne ? Pas le temps. Bavarder avec le coiffeur ? Même pas en rêve. Discuter du menu de la cantine à la machine à café avec Francis de la compta ? No way. Ne cherchez plus, vous avez du mal à composer avec ce que l’on appelle communément le "small talk", ce processus de "conversation anodine" destiné à briser la glace, qui relève des conventions sociales. Un art qui, chez certains, demande un effort surhumain tant la banalité des amorces les consternent et qui, chez d’autres, se révèle une seconde nature sur le mode "parler de comment j’ai beurré la tartine de Nutella de Kevin pour le goûter ? Mais bien sûr que je le peux !".

Selon Laurie Hawkes, psychologue et auteure de La force des introvertis (éd. Eyrolles), les adeptes du "small talk" sont "dans une sorte de boucle vertueuse" : "Plus ils papotent, plus ils savent échanger ainsi, mieux ça se passe." Et les autres, où se situent-ils ? "Les réfractaires à cet art sont ceux qui détestent notoirement le bavardage, ils préfèrent le silence ou bien une conversation importante. Ils s’expriment en réaction aux façons de vivre des extravertis, qui étaient il y a encore peu la norme ; quand on ne parle pas et qu’on préfère le retrait, on est vu comme asocial, bizarre, etc." D’où une aversion grandissante pour la norme du "small talk".

Génération sans contact

Et vous, vous en avez marre de cette injonction sociale du small talk ?  La chaîne de salons de coiffure britannique Bauhaus a pensé aux gens dans votre cas en offrant à ses clients un service d’un nouveau genre, le "fauteuil silencieux", avec ce message en exergue : "Nous ne vous poserons aucune question, sauf pour vous proposer un deuxième café". Une belle idée ou pas ? "On tient davantage compte des besoins des rétifs au 'small talk' dans notre société, et ce, depuis les livres sur le sujet, notamment celui de Susan Cain (La force des discrets. Le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard, 2012). La part négative, c’est que si les personnes qui s'installent sur les "fauteuils silencieux" en profitent pour aller sur Facebook avec leur smartphone, au lieu de parler avec un être humain, c’est navrant."

Certains exégètes vont même plus loin, évoquant le refus du "small talk" comme un reflet de la "génération sans contact", soit les millenials qui préfèrent scroller leur smartphone que parler. La psychanalyste nuance : "Il ne faut pas confondre ceux qui ont du mal avec les contacts superficiels, la jovialité, les embrassades et autres exclamations, et ceux qui ont perdu l’habitude du contact à cause du smartphone et autres nouvelles méthodes de communication. Pour ces derniers, il faut réapprendre le contact "IRL" ("In Real Life", dans la vie réelle en français) tant ils perdent l’habitude des contacts réels, de visu, mais aussi avec possibilité de toucher — se serrer la main, toucher l’épaule ou le bras de l’autre, etc. Or, perdre ces contacts physiques n’est pas une bonne chose pour la plupart des gens. On le constate dans les EHPAD par exemple, ou les personnes âgées, peu touchées, sont comme des plantes assoiffées lorsque quelqu’un prend le temps de leur caresser la joue, le bras ou les cheveux."

Small talk, big effort

Mais pourquoi certains ont-ils tant de mal avec le small talk ? Timidité, orgueil ou autre ? "Mieux vaut parler de personnes naturellement extraverties ou introverties", nous assure la psychiatre. "Les extravertis, si l'on se fie aux stéréotypes, ont besoin de plein d’échanges, en personne, ils parlent fort, se tapent dans le dos, et après avoir participé à une fête bien bruyante, ils rentrent chez eux tout rechargés, ont envie de ressort...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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