À 28 ans, Tifany Huot-Marchand a pris un virage imprévu dans sa carrière. La short-trackeuse française a pourtant l’habitude des sorties de piste. Les chutes sont fréquentes en patinage de vitesse sur piste courte. Mais celle qu’elle a vécue fin 2022 l’a laissée paralysée, la moelle épinière touchée à la suite d’une fracture et un déplacement de la vertèbre cervicale C5. Obstinée à se relever, elle mène depuis le plus grand combat de sa vie pour remonter un jour sur la glace et retrouver l’adrénaline de la compétition.
Pour Prolongation, Tifany Huot-Marchand a accepté de se confier mois après mois pendant qu’elle tente de déjouer tous les pronostics. Dans ce quatrième épisode, elle fend l’armure et se livre sur les doutes qu’elle tente habituellement d’esquiver.
« Beaucoup de médias se sont emparés de mon histoire. Ils ont raconté ma fulgurante progression dans ma rééducation après mon accident. Oui, tout se passe bien et j’en suis fière. Mais tout n’est pas rose. Je ne suis pas guérie, je n’ai pas retrouvé ma vie d’avant. Je suis encore assaillie de doutes. Est-ce que je vais pouvoir reprendre le short-track ? Je ne le sais toujours pas. Mon dossier est entre les mains d’une commission de médecins qui doit trancher.
Je me demande quelles séquelles je vais garder de cet accident. Je sais déjà que je vais être suivie à vie. En dehors des échographies et des IRM que je devrai réaliser régulièrement pour suivre l’évolution de ma moelle épinière, cet accident a eu des conséquences sur d’autres organes.
Puis, j’ai peur de tout ce côté droit de mon corps, qui est bien plus faible que le côté gauche. Ce manque de force est vraiment problématique. Il y a aussi cette raideur que je ressens – difficile à comprendre pour moi qui ai toujours été souple – et cette spasticité, avec mon pied qui peut par exemple se mettre à bouger tout seul. Sans compter tous les médicaments à prendre – actuellement douze par jour.
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Et il y a cette histoire de botox. Il va falloir qu’on me réinjecte des toxines si ma spasticité est trop importante. Or, on ne peut injecter qu’une quantité limitée de botox dans un corps au cours d’une vie. Donc si ça ne fonctionne pas, c’est tant pis pour moi. Et plus je mettrai de botox, plus je perdrai de la force. Pour l’instant, j’ai fait le choix de ne pas en mettre dans ma jambe droite car je n’ai pas envie de perdre de force là. Mais aujourd’hui, je suis incapable de faire une pompe. C’est difficile à accepter.
Il y a aussi des craintes psychologiques liées à un avenir incertain. Juste après mon accident, j’ai tout de suite pensé à une chose : que va-t-il se passer si je ne fais pas de compétition vis-à-vis du financement de ma carrière sportive ? Déjà que notre sport est méconnu, alors quand tu fais une saison blanche, que tu n’as pas fait de compétition et que tu n’as pas eu de résultats, c’est d’autant plus difficile de demander des sponsors.
Aujourd’hui, je suis dans l’attente de certaines réponses pour les sponsors financiers et mécénat. J’ai l’impression, que peut-être, certains attendent de voir si je vais vraiment r...
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