Enseigné partout, le yoga répond de façon commode aux injonctions contemporaines de réalisation de soi: cultiver une pensée positive, libérer son «moi», mieux gérer ses émotions, son sommeil, être plus efficace, plus concentré, plus résilient… La professeure de yoga Zineb Fahsi débusque le non-dit politique véhiculé par ces discours. En valorisant le travail sur soi au détriment du changement social, il fait porter aux individus la responsabilité de composer avec les exigences du capitalisme, neutralisant toute remise en question du système lui-même. Il s'agit pour elle, dans son essai Le Yoga, nouvel esprit du capitalisme, paru ce 1er mars 2023 aux Éditions Textuel, de proposer un autre esprit du yoga, plus émancipateur.
Nous en publions ici l'introduction.
«Quand j'ai perdu mon père, je ne sais plus combien de fois on m'a conseillé de me mettre au yoga. C'est d'ailleurs une blague qu'on se fait, entre nous, les endeuillés. On se dit, “Sinon, t'as pensé au yoga?”» Ce que confie la journaliste Judith Duportail au micro de son podcast On ne peut plus rien dire, peut-être l'avez-vous aussi déjà vécu. Partageant une difficulté personnelle, la personne en face de vous suggère, avec le ton convenu et l'œil brillant des néo-converti·e·s: «Tu devrais essayer le yoga.»
Mieux gérer son stress, ses émotions, son sommeil, ses relations interpersonnelles et sexuelles, cultiver une pensée positive, développer son plein potentiel, libérer son «moi» authentique, être plus e...
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