Il y a un an, Poutine n'a pas seulement lâché toute l'intensité de son armée sur son voisin ukrainien. Il a aussi activé l'intégralité de ses forces numériques sur le front de la désinformation. Depuis le début du conflit, le 24 février 2022, la fabrique à fausses informations tourne à plein régime, déversant quotidiennement le narratif du Kremlin sur les réseaux sociaux. Ce vendredi, TF1info revient sur l'activité de ce qu'il convient d'appeler les "usines à trolls".
Le phénomène n'est pas propre au conflit actuel. Mais lui permet de prospérer. Si la pratique est presque aussi vieille qu'Internet, décrite dès 2000 par la sociologue Anne Revillard, ce n'est que 15 ans après qu'est apparue l'expression "usine à trolls". On est alors déjà en Ukraine. Le New York Times rapporte comment cette méthode est utilisée de manière systématique par une structure centralisée pour diffuser des messages pro-russes après l'invasion de la Crimée.
Sept ans plus tard, rien n'a changé. Dès le mois de mars, un compte Telegram baptisé "Cyber Front Z" s'est approprié cette mission., relayant 24 heures sur 24 les positions du Kremlin. Le 1er février 2023, par exemple, on a découvert sur ce canal que l'Ukraine réclamerait désormais "le statut de puissance nucléaire". En réalité, les trolls pro-Russes ont complètement déformé les propos de l'ambassadeur ukrainien en Allemagne. Interrogé par la presse allemande sur les "garanties" que demanderait Kiev pour assurer sa sécurité une fois le conflit terminé, Oleksii Makeiev répondait que les différentes agressions russes prouvaient que "seule l'arme nucléaire peut sauver de l'attaque d'un tel agresseur". Le diplomate précisait avoir "lancé des discussions" avec les partenaires occidentaux sur le sujet, mais ne posséder "aucune suggestion toute faite à ce propos".
Au-delà d'être une mine à fausses informations, ce canal propose à ses plus de 116.000 abonnés tout le lexique du parfait troll pro-russe. Joe Biden devient le "retraité", l'Ukraine est baptisée le "pays 404" - en référence au message d'erreur qui s'affiche lorsqu'un site internet n'existe pas - et ses habitants sont les "nazis" ou les "porcs". Un emoji représentant un clown accompagne les messages évoquant les dirigeants européens.
Évidemment, cette usine à trolls ne se contente pas de diffuser des messages. Elle recrute. Soit en proposant des modes d'emplois destinés à tous les internautes qui souhaitent rejoindre leur "guerre de l’information". Soit en cherchant des profils très précis. De "commentateurs" à "spammeurs" en passant par des "analystes de contenus", tous les profils possèdent la même fiche de poste : "Lutter contre la junte de Kiev, soutenue par les puissances occidentales". Une mission payée "45.000 roubles par mois" (soit 640 euros) pour 200 commentaires par jour, selon l'enquête du média indépendant russe Fontanka.
Une véritable armada, formée et organisée. Qui fait de l'Ukraine la cible d'une "attaque numérique quasi-constante", pour reprendre l'expression utilisée par Google et Microsoft dans un très récent rapport. Les géants de l'informatique ont identifié trois acteurs principaux derrière ces actions, dont l'Internet Research Agency (IRA). Cette agence serait responsable à elle seule de la majorité des assauts informationnels, avec 814 attaques à son actif. Elle diffuse des contenus en russe, évidemment, mais aussi en arabe, en chinois et en français. C'est le seul acteur qui touche directement la France.
Mais qui dirige ces soldats de l'ombre ? Nul autre qu'Evgueni Prigojine. Les liens entre le chef de la milice Wagner et l'Intern...
[Courte citation de 8% de l'article original]