Pour une raison que j'ignore, j'ai une page Facebook. J'en suis le premier étonné. Probablement l'ai-je créée un jour où pris dans les rets d'un désespoir féroce, je décidai de rompre mon isolement mental. J'accomplis donc ce que la société attendait de chacun, la création d'une page dédiée à sa propre gloire. Après tant d'années vouées à cultiver un individualisme forcené, j'accédais enfin à la normalité –j'étais de mon temps.
La suite fut moins enchanteresse. Ne goûtant guère à cet exercice de confier à la terre entière le menu de mon petit déjeuner ou d'accumuler les selfies de ma calvitie triomphante voire de détailler le récit de mes frasques amoureuses, je n'alimentai guère ma page si...
[Courte citation de 8% de l'article original]