GEO Histoire : La guerre néo-impériale orchestrée par le Kremlin en Ukraine renvoie aux heures les plus sombres du XXe siècle. Pourquoi, selon vous, ce conflit marque la fin d’un cycle qui s’était ouvert en URSS à la fin des années 1980 ?
Anne de Tinguy : Ce que nous vivons tragiquement marque effectivement la fin de ce qu’on a nommé l’après-guerre froide. En 1990, après la chute du mur de Berlin et la liberté accordée par l’Union soviétique à ses anciens pays satellites est-européns, les États membres de l’Otan avaient solennellement affirmé que l’URSS n’était plus un adversaire. Quelques mois plus tard, Soviétiques et Occidentaux avaient déclaré que "l’ère de la confrontation et de la division en Europe [était] -révolue". Au moment où elle émergeait des cendres de l’URSS, la "nouvelle Russie", comme la qualifiait Boris Eltsine, annonçait sa volonté de devenir une démocratie et une économie de marché en s’appuyant sur les États occidentaux, perçus à la fois comme des amis, des modèles et des sources d’aide. Elle affirmait aussi que le temps de l’empire était révolu. De tout cela, il ne reste rien. La Russie poutinienne tient depuis des années un discours anti-occidental. Elle est devenue un État autoritaire et répressif, qui mène en Ukraine une guerre d’agression. L’Europe est à nouveau divisée.
⋙ Guerre en Ukraine : comment en sommes-nous arrivés là ?
Pourquoi les réformes menées par Mikhaïl Gorbatchev ont-elles abouti à l’effondrement du système soviétique ?
Gorbatchev, qui a été le seul directeur soviétique à avoir tenté de réformer le système en profondeur, a fait un certain nombre d'erreurs. Il a entre autres sous-estimé le problème des nationalités et un péché par optimisme. Il a cru dur comme fer que le sistème était réformable et que l'histoire allait dans le sens des intérêts de l'URSS. Pour autant, on ne peut lui imputer la chute de l'Union soviétique.
L'URSS s'est effondrée parce que le régime soviétique était à bout de souffle et que son projet fondateur s'est révélé un leurre. Elle annonçait un monde meilleur, la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme. La réalité fut tout autre. Progressivement, le fossé s'est creusé entre les promesses et la réalité, les premières sont sans cesse contredites par la seconde. À l'extérieur, le bilan n'était peut-être plus réduit. L'URSS était une puissance militaire et c'est en tant que telle qu'elle s'est imposée sur la scène internationale. Contrairement aux États-Unis, elle n'a jamais cherché à se doter d'une capacité d'action globale. L'effondrement aurait pu se produire plus tot ou plus tard, il est intervenu au moment où des réformes ont été touchées aux fondements du système et où la société s'est détournée d'un régime auquel elle n'accordait plus aucun crédit. Ce système, qui a coûté la vie à des millions de Soviétiques, n'était pas réformable.
La "...
[Courte citation de 8% de l'article original]