Il n'y a "pas de faits, rien que des interprétations", écrivait Nietzsche. Une vision philosophique érigée en stratégie politique par Vladimir Poutine. Si bien que, depuis un an, la guerre que mène la Russie à l'Ukraine ne peut toujours pas être décrite comme telle dans le pays de l'envahisseur. Pour marquer le premier anniversaire de l'invasion lancée par Moscou, le 24 février 2022, TF1Info revient ce lundi sur la propagande russe, ses visages et ses rouages.
La fabrique du mensonge a débuté dès le premier jour du conflit. Le 24 février, le Kremlin lance l'offensive et les médias russes annoncent le début d'une "opération militaire spéciale visant à protéger les républiques populaires de Donetsk et de Louhansk". Un phrasé qui reprend à la perfection l'une des expressions favorites du Kremlin et qui symbolise à lui seul la stratégie du pouvoir politique et médiatique russe. Au fil des mois, les médias vont nier les faits, mentir, ridiculiser les positions occidentales et surtout, aller toujours plus loin. La communication autour de Boutcha n'en est qu'un exemple. Après avoir expliqué que les massacres de civils étaient des mises en scène, la presse pro-Kremlin va moquer les Occidentaux qui croient en cette "machination" avant d'accuser Kiev d'avoir tué sa propre population pour créer ce bain de sang. Idem à propos des motivations derrière le conflit. On parle de nazisme, mais aussi de "guerre contre le satanisme", de "djihad contre le mal absolu" et même d'une guerre orchestrée par les gouvernements occidentaux qui auraient "provoqué, programmé" cette "opération militaire".
Une parole décomplexée, débarrassée de toute preuve factuelle, qui atteint son paroxysme le 9 janvier. Ce soir-là, les téléspectateurs russes vont entendre l'un des propagandistes du Kremlin ouvertement menacer la France d'une "frappe préventive". Si, vue depuis l'Europe, cette parole peut paraître grossière, il ne faut pas s'y méprendre. Ces messages remplissent parfaitement leur objectif. À destination des Russes, ils permettent de rendre acceptable l'inacceptable dans l'imaginaire collectif. "Les idées les plus absurdes et les plus dangereuses sont répétées jusqu'à devenir crédibles", analyse ainsi le journaliste russe Denis Strelkov auprès de TF1Info. "Au début, ça paraît violent, puis c'est juste idiot, puis tout le monde en parle. Et au fur et à mesure des mois, ça devient presque normal."
Pour porter ce discours, le Kremlin peut compter sur des relais particulièrement fidèles. Parmi les visages présents sur les différentes antennes, on ne peut passer à côté de celui de Vladimir Soloviev. Véritable porte-voix du chef du Kremlin, l'ex-opposant à Poutine devenu propagandiste en chef est omniprésent. Il anime une émission de débat tous les soirs, un direct sur la radio et publie frénétiquement auprès de ses 1,3 million d'abonnés sur Telegram. D'après un décompte réalisé par la journaliste russe Masha Borzunova, le présentateur a bénéficié de 218 heures d'antenne sur les trois premiers mois du conflit. Son rôle ? Cintré dans sa veste noire, il introduit les mots de Poutine, les répète et finit par les imposer dans le débat public. Quitte à les exagérer. Désormais, le discours du présentateur dépasse largement les menaces à demi-mots du Kremlin.
Si Vladimir Soloviev a un visage aussi dur que ses mots, Olga Skabajeva cache les siens derrière une apparence de poupée russe. Ce qui lui vaut le surnom de "poupée de fer de Poutine". Rouage indispensable à la communication du Kremlin, elle est une fervente défenseuse de la Russie, qu'elle place comme une grande nation face à un Occident en perdition. Ses coups d'éclats patriotiques, elle les lance quotidiennement dans l'émission Soixante minutes, sur Rossiya-1. Plateau sur lequel elle partage l'affiche avec son mari, Yevgeny Popov, et où elle a notamment proposé de profiter des funérailles de la Reine Elizabeth pour bombarder ...
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