Dans un journal intime désormais perdu, André Gide racontait les «délices» de la piscine de Rochechouart, avec sa petite pièce obscure «où se passaient les choses les plus agréables, pleine comme elle était de jeunes garçons de 13 à 18 ans». Gide ne s'est jamais caché de ses relations avec des enfants ou de jeunes adolescents qu'il confesse à longueur d'autobiographies, alors même que la loi criminalise déjà à l'époque ce qu'elle qualifie d'«attentat à la pudeur sans violence», sur les mineurs de moins de 13 ans d'abord, et à partir de 1945 sur ceux de moins de 15 ans. Au-delà de cette limite, ces rapports n'étaient pas jugés criminels alors; tout au plus étaient-ils considérés comme une déviance.
Monument de la littérature française, canonisé en ses œuvres complètes dans la Pléiade, Gide échappe pourtant aux radars de la critique dès lors qu'il s'agit de qualifier ses actes pédophiles, qui seraient aujourd'hui caractérisés comme relevant de la pédocriminalité: l'euphémisation est toujours de mise pour romantiser les relations sexuelles qu'il entretient tout au long de sa vie avec de jeunes garçons.
En 2002, Gallimard exhumait l'un de ses très courts textes, encore jamais publié. Il s'agissait d'une nouvelle érotique, retrouvée par sa fille Catherine, laquelle signait pour l'occasion un avant-propos saluant la candeur d'un «récit initiatique tout en nuances, pudique», plein de «fraîcheur et de poésie». Ce texte, Le Ramier, raconte les ébats de Gide, alors âgé de 38 ans, avec Ferdinand, un jeune garçon de 17 ans, auquel l'écrivain prête encore deux ans de moins.
Pas une seule fois le mot «pédophilie» n'est employé dans le commentaire critique qui encadre le récit. On lui préfère la docte «pédérastie», aux origines antiques plus nobles, qui permet d'intellectualiser l'affaire en restant sur le terrain de la culture et de la sensualité –précaution symptomatique de l'omerta qui frappe la pédophilie. Dans sa préface, Jean-Claude Perrier se pique d'ailleurs de fustiger les «bien-pensants de tous horizons, q...
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