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L'ours
Mario Vargas Llosa - El País -
19/02
Faulkner a écrit une histoire qui résumait un moment de la civilisation humaine : son avancée contre la nature, lorsque les êtres humains font le saut qui, sans le savoir ou deviner, conduirait aux gratte-ciel qui cachent le soleil.
Après les festivités à Paris, déjà à Madrid, je me suis enfermé chez moi pour relire L'Ours de William Faulkner. C'est une histoire que j'ai dû lire dix fois ou plus. De temps en temps j'ai besoin de le relire car c'est l'un des plus beaux qu'ait écrit son auteur. Je ne sais pas s'il l'a jamais su, mais toutes les jungles, les marécages et les déserts sont rassemblés dans ce coin du Mississippi nord-américain : les déserts d'Arabie, les forêts luxuriantes de l'Amazonie, toutes les plaines que les êtres humains ont traversées dans le sang et le feu, pour bâtir leurs villes.
L'histoire est superbe, peut-être l'une des plus réussies que Faulkner ait écrites. Tous les déserts et les forêts disparaissent pour que l'homme puisse construire ses chemins de fer, ses usines et ses villes. Le seul défenseur de ce coin du Mississippi est Old Ben, un ours magnifique, qui a déjà tué un bon nombre d'êtres humains et qui a une boiterie qui l'empêche de courir mais pas de combattre et de défendre ce morceau de jungle que ce gang querelles de pauvres diables, parmi lesquels il y a encore des esclaves. L'ours meurt en combattant, défendant sa jungle, comme des serpents, d... [Courte citation de 8% de l'article original]
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