On a comparé l’Éducation nationale à un mammouth. Une girafe conviendrait tout autant car, comme l’armée, on pourrait surnommer notre Institution « la grande muette ».
Les hauts fonctionnaires se montrent d’une frilosité extrême dès qu’il s’agit de prendre des responsabilités. La raison est simple : ils sont bien plus attachés à leurs privilèges, leur prime et leur carrière qu’à l’intérêt général et au bon fonctionnement de l’Administration qu’ils sont censés diriger. Pour une rectrice mécontente des moyens alloués à son académie par le ministère qui démissionne avec pertes et fracas, combien d’autres étouffent dans l’œuf tout scandale qui pourrait nuire à leur promotion?
Chacune des décisions de nos chefs est en effet dictée par un impératif: ne pas faire de vagues. Car qui dit «pas de vagues» dit «bien vu par l’autorité supérieure». Ils cèdent devant les élus – qui ont le pouvoir de les faire sauter –, devant les parents – prompts à ameuter les médias –, devant les professeurs – et leurs syndicats surpuissants –, et devant les chefs d’établissement – non, pas devant nous.
Résultat: aucune logique de gouvernance, un bateau qui tangue et le sentiment de plus en plus répandu que c’est celui qui a le plus fort pouvoir de nuisance qui emporte le morceau…
Diriger, c’est décider, c’est trancher. C’est sanctionner les quelques fonctionnaires incapables qui jettent l’opprobre sur toute la profession. C’est soutenir ses personnels lorsqu’ils ont raison. C’est défendre les valeurs de la République. Or, le mode actuel de management de l’Éducation nationale ne produit qu’hypocrisie, pusillanimité et velléité. Résultat: nous, les petits cadres du bas de la pyramide, savons pertinemment que nous serons lâchés par notre hiérarchie au moindre coup dur. Comment alors nous reprocher notre propre pleutrerie ?
◗ Pas de vagues… Malgré tous mes efforts pour les convaincre, les professeurs de mon collège refusent d’appliquer la dernière réforme ministérielle. Soyons honnêtes: ils ont déjà refusé d’appliquer les dix précédentes et leur enseignement ne s’en porte pas plus mal. Deux solutions s’offrent à moi:...
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