Les bilans du séisme et des répliques qui ont touché la Turquie et la Syrie ne cessent d'être réévalués, si bien que l'on redoute désormais le passage du cap des 40.000 morts. Les experts ont souligné que l'épicentre se situait dans une zone géologiquement active, proche d'un point de jonction entre plusieurs plaques tectoniques.
Malgré la fréquence des tremblements de terre dans la région, la thèse de séismes déclenchés artificiellement s'est répandue sans tarder, quelques jours à peine après la catastrophe. L'ancien sénateur Yves Pozzo di Borgo assure que "le maire d’Istanbul accuse le système américain HAARP d’avoir provoqué" les secousses destructrices. S'il s'agit en réalité du maire d'Ankara, il donne de l'écho à une théorie conspirationniste déjà ancienne, à laquelle souscrit depuis longtemps İbrahim Melih Gökçek.
En 2020, suite à un séisme survenu à Izmir, l'ex-édile évoquait à nouveau HAARP et suggérait du même coup une implication de Washington.
Cela fait de longues années que HAARP se trouve au centre de multiples spéculations. Développé dès le début des années 1990, ce programme vise à améliorer la compréhension des caractéristiques et du comportement d'une couche supérieure de l’atmosphère, l'ionosphère. Il s'agit entre autres de perfectionner le contrôle des systèmes de communication et de surveillance, aux moyens de plusieurs dizaines d'antennes à haute fréquence situées en Alaska. L'armée américaine, qui était aux manettes jusqu'en 2014, a depuis confié la gestion du site à l'université d'Alaska-Fairbanks. Plus aucun militaire n'est aujourd'hui affecté sur ce site.
L'ancien maire d'Ankara, qui s'interroge aussi sur une possible implication d'un porte-avion américain dans la tragédie subie par son pays, est coutumier des discours conspirationnistes visant les États-Unis. L'ONG Nordic Monitor souligne que "HAARP est devenu un objet récurrent des théories du complot en Turquie grâce aux efforts" de l'ex-élu, "membre du parti au pouvoir". Celui-ci explique ainsi à intervalles réguliers "que les États-Unis provoquent des tremblements de terre artificiels en Turquie en utilisant des technologies de guerre".
Sollicité par l'AFP, un chercheur américain rétorque que "les ondes radio peuvent perturber artificiellement la haute atmosphère", mais que ce phénomène est "comparable aux perturbations causées par le Soleil". Il ajoute n'avoir "connaissance d'aucune preuve scientifique qu'une onde artificielle puisse provoquer des perturbations plus importantes et avoir un impact sur des conditions sismiques locales". Comme lui, d'autres experts joints par Reuters ont souligné que les travaux et technologies mis en place dans le cadre du programme ne sont en aucune manière susceptible d'entraîner des séismes.
Selon ces scientifiques, les ondes radios générées pénètrent tout au plus 1 centimètre dans le sol. Bien moins en profondeur que l'épicentre du séisme qui a touché Syrie et Turquie, enregistré à près de 18 kilomètres sous la surface. Si des messages aux accents conspirationnistes évoquent par ailleurs des bases secrètes souterraines américaines, ces théories ne reposent sur aucun élément de preuve tangible. Elles contribuent surtout à alimenter une propagande anti-américaine très...
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