Empoisonnés durant des années, les salariés de Tetra Medical réclament justice

Humanite - 15/02
Les employés de l’entreprise de production de compresses stériles, fermée en mars 2022, ont découvert qu’ils ont été exposés à des doses d’oxyde d’éthylène bien supérieures aux normes. Dans ce qui s’apparente à un scandale sanitaire, ils exigent aujourd’hui justice. Révélations.

Annonay (Ardèche), envoyée spéciale.

Dans l’enceinte de l’entreprise Tetra Medical à Annonay (Ardèche), les herbes folles gagnent du terrain. Des banderoles sur la clôture témoignent de la lutte menée par les 192 salariés pour sauver leur site de fabrication de matériel médical stérile. Si les portes ont fermé depuis mars 2022, le message inscrit semble prémonitoire : « Arrêtez de vous cacher derrière l’excuse Covid, assumez vos erreurs ».

Quand Cathy et Alain, deux ex-employés en quête d’informations, ont poussé la porte de l’union locale CGT en octobre 2022, ils n’imaginaient pas l’ampleur du potentiel scandale sanitaire qu’ils allaient soulever. Embauchée dès l’ouverture de cette usine en 1988, Cathy, 55 ans, est atteinte d’un cancer du col de l’utérus en 2003, puis d’un cancer du sein en 2019.

Cette dernière pathologie provoque un déclic : « Beaucoup de nos collègues étaient déjà tombés malades. Une personne dont j’étais très proche a eu le même cancer que moi et est décédée. Quand j’avais été voir le médecin du travail, en 2021, il m’avait parlé de l’oxyde d’éthylène et m’avait dit qu’il se battait pour qu’il ne soit plus utilisé chez nous. »

Sans masque, ni gant pour se protéger d'un produit chimique qui s'infiltre partout

Ce gaz incolore, considéré comme cancérogène, mutagène et reprotoxique (CMR), donc très dangereux, intervient dans le processus de stérilisation chez Tetra Medical. Agent de production puis de contrôle, Cathy n’avait que sa blouse pour se protéger de ce produit chimique s’infiltrant partout. « Nous n’avions pas de masque, ni de gants, alors que nous manipulions la marchandise. On nous disait que c’était un gaz lourd, qu’il n’y avait pas de risques. Mais quand on ouvrait les cartons de compresses en zone produit fini pour faire un prélèvement, on sentait bien que que...
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