Dès 7h du matin, aux premières lueurs du jour, les sculpteurs et leurs ciseaux pneumatiques rugissants s'activent déjà dans la bulle du chantier de Notre-Dame de Paris. Le parvis de la cathédrale abrite maintenant des tailleurs de pierre, qui dégrossissent de larges blocs. Des centaines de pièces, abîmées par le temps mais surtout par l'incendie qui a ravagé la cathédrale le 15 avril 2019, doivent être reproduites à l'identique, autant d'ornementations florales ou de colonnettes ouvragées qu'il faut restituer au plus juste.
"Retrouver la méthode de taille, l'approche, et se remettre dans la tête du gars (qui l'a sculptée, ndlr) au XIIe siècle, c'est vraiment génial", se réjouit le sculpteur Nicolas Clerget, dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article. Sans oublier des statues en état de délabrement, dont des chimères, que les flammes sont venues lécher. "Tout est consolidé pour que cela puisse servir de modèle pour des nouvelles sculptures", puisque les plus fragiles "iront dans des musées", explique l'architecte du patrimoine Marie-Catherine Beaufeist.
Il faut s'armer de patience pour reproduire à la perfection les statues : douze jours de travail ont été nécessaires pour faire surgir le visage d'un ange, à la chevelure ciselée, dans un bloc de calcaire. Par miracle, l'original a pu être conservé, après avoir fait une chute de 35 mètres quand la voûte en dessous de la flèche s'est effondrée.
Le double de pierre de cette sculpture du XVIIIe siècle va retrouver sa place. Il faut monter à 80 mètres de hauteur pour observer la grue déplacer la création tout juste terminée, une opération périlleuse. "Il faut être attentif, c'est très précis parce cela descend au millimètre près", décrit Ramazan Duyar, le grutier installé derrière sa vitre. Les yeux rivés sur l'ange recouvert d'un filet, suspendu dans le vide, il fait glisser doucement sa manette.
Dans le trou laissé par la disparition de la flèche, sous le regard concentré du sculpteur Thomas Nafrechoux, le bloc de 500 kilos vient s'ajuster dans le rond de pierre qui forme la clé de voûte de la croisée du transept, au niveau de l'intersection de la croix. L'opération est enfin réussie, l'équipe pousse un soupir de soulagement. "Vu que c'est la dernière pierre, il peut toujours y avoir une incertitude. On n'avait pas fait d'essais avant : les sculpteurs l'ont finie, on l'a prise et on l'a posée. Et tout va très bien", souffle Arnaud Morançais, conducteur de travaux.
Au-dessus, une forêt d'échafaudage culmine à 35 mètres de hauteur, un parcours sportif pour accéder au chantier et constater l'avancement des travaux, dont la reconstitution de la flèche est une étape symbolique. "Beaucoup de gens se souviennent de voir au niveau du transept, en levant la tête, un petit tableau en bois sur lequel figurait la Vierge. C'est ici, on va la replacer à l'identique", explique le général Jean-Louis Georgelin, le président de l'établissement public pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris.
Mais pour arriver à cette étape, il faut d'abord poser les derniers claveaux, les pierres taillées des arcs de voûte de la croisée du transept. Un travail réalisé au mortier à la chaux, comme au temps des bâtisseurs. "On va s'arrêter là, on ne ...
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