C'est encore la Saint Valentin et nous voilà, fermes, au pied du canyon, pour affronter l'attente collective qui ne se résigne pas à l'amour. On dit qu'aujourd'hui est "le jour des amoureux", mais on ne sait plus si le cadeau de fleurs ou de cartes est approprié, peut-être beaucoup moins à cause de l'embarras des autres causé par des démonstrations d'affection en public, qu'à cause d'une affaire de symétrie supposée. Aujourd'hui est le jour où une personne déterminée sera encouragée à télécharger une photo avec son partenaire sur les réseaux, car c'est ainsi que l'engagement se manifeste actuellement.
Dans la foulée du Family Day, créé pour réparer ceux qui n'ont ni père ni mère, à la Saint-Valentin il faut faire très attention à ne pas tomber dans l'« équicentrisme » - le terme existe, il y a vraiment des gens qui parlent comme ça - et rappelez-vous que l'amour est aussi une construction sociale destinée à nous soumettre et à canaliser notre vulnérabilité dans le cadre d'une relation de dépendance.
Quand la "relation de dépendance" cesse d'avoir lieu dans le monde du travail, qui devient plus flexible et avec moins de droits pour le travailleur, la relation de dépendance amoureuse est remise en question car elle nous enlèverait notre liberté, forcerait la soumission et les stéréotypes, violerait le projet individuel.
En tout cas, de temps en temps il y en a qui signent une cohabitation –avec témoins et tout– pour pouvoir avoir le travail social de l'autre. Il y a sûrement des couples qui sont soutenus grâce à la convention collective de travail. Saint Germain Abdala !
Dans l'amour du XXIe siècle, nous sommes devenus des « entrepreneurs » ; nous voulons être « nos propres patrons », même si parfois nous semblons plutôt esclaves des demandes de rencontres, des réticences et des incompréhensions, car nous n'avons plus d'institutions aimantes pour nous abriter (la cour, le mariage, toutes les figures nostalgiques du passé) d'accord avec pour réguler nos liens.
Qui a une copine aujourd'hui ? C'est le temps des "relations". Aujourd'hui on dit "La fille avec qui je sors", sans donner de statut à la femme que quelqu'un fréquente depuis des mois ; ainsi que « el chongo », pour désigner avec arrogance celui à qui parfois seule la jalousie nous unit, quand il ne répond plus à l'appel.
Aujourd'hui nous disons que nous sommes libres et l'amour nous regarde du coin de l'œil et nous dit : « Si tu y crois et ne fais de mal à personne… » ; mais la vérité est que nous vivons en nous blessant car, bien que nous ayons mis le romantisme de côté, l'idéalisation est encore à la surface et ce que l'on attend d'un lien est de plus en plus : compréhension, épanouissement sexuel, camaraderie, dis...
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