Karen Carpenter, batteuse et chanteuse géniale, victime de son image parfaite

Brice Miclet - Slate FR - 06/02
Morte à 32 ans il y a quarante ans, la moitié du duo The Carpenters a incarné une certaine idée de l'Amérique tout en entretenant le mystère sur son anorexie mentale. Sa disparition a levé le voile sur ce sujet alors tabou.

La musique américaine des années 1970 est un fantasme. Elle rayonne par son irrévérence, par sa contestation, se fait écho des affres géopolitiques d'alors, la guerre du Vietnam en premier lieu. Cette image d'Épinal n'a pourtant pas de fondement. Durant cette décennie embrasée, toute une part de l'industrie musicale états-unienne est au diapason du rêve américain, rend pérenne et bien réel l'avènement des classes moyennes et des banlieues sans troubles hérité des années 1950.

Les Carpenters sont cela: un duo composé d'un frère, Richard, et d'une sœur, Karen, blancs, aimés, aimants, chantant l'amour avec une dextérité plus empruntée au easy listening de Burt Bacharach qu'à la furie des hippies dont ils sont, un peu, le pendant traditionaliste. Karen Carpenter, batteuse et chanteuse du groupe, est une victime de cette image lisse et parfaite.

Comment une jeune femme rayonnante, bien sous tous rapports, prônant souvent des valeurs conservatrices, pourrait-elle s'autodétruire et emporter avec elle ce modèle bon chic bon genre supposément protecteur? Sa mort, survenue le 4 février 1983, fut un choc. Elle aurait pourtant pu être anticipée. Oui, mais voilà: l'Amérique préfère, parfois, vi...
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