Salvador Dali disait qu’il n’y avait "que deux génies en Espagne". Lui et Paco Rabanne. La formule est à leur image. Osée, flamboyante et anti-conformiste. Des qualificatifs qui s’appliquent aussi bien à l’art du couturier espagnol, mort à 88 ans un 3 février. Il disparaît 57 ans, presque jour pour jour, après le défilé qui a changé sa vie. Le natif Pasaia, dans la région de San Sebastian, est allé à bonne école avec sa mère, première main chez Balenciaga. Mais c’est avec un tout autre matériau qu’il se décide à habiller les femmes.
Le 1er février 1966, il présente non pas une collection mais un "manifeste". Rendez-vous est donné dans un salon du très chic hôtel George V à Paris. Inspiré par le sculpteur César, Paco Rabanne surprend avec ses "Douze robes importables en matériaux contemporains". Autant de créations pour lesquelles il n’a pas eu besoin d’aiguille mais d’une pince.
L’une d’elles est aujourd’hui exposée au musée du Met à New York. Une mini-robe faite de plaques en aluminium assemblées les unes aux autres par de fins anneaux. Comme une rencontre avec le passé et le futur qui bouscule les codes établis. Coco Chanel finira même pas l’appeler "le métallurgiste".
Une femme nue sous un vêtement de métal est offerte et inaccessible, c’est tout l’érotisme
Paco Rabanne
Quand l’ORTF lui demande un an plus tard pourquoi il a choisi le métal, Paco Rabanne répond "Et pourquoi pas ? La mode est liberté (…). Pourquoi pas le cuir, le rhodoïde, le papier, un autre matériau demain ? Je trouve qu’il est absolument ridicule de continuer à habiller les femmes de tissu comme au XIXe siècle", lance-t-il.
Lui se définit comme "un novateur", par opposition à ses confrères du prêt-à-porter qu’il qualifie "d’habilleurs". Son audace séduit et ses créations métalliques sont rapidement partout. Surtout sur les célébrités longilignes des 70s, d’Amanda Lear à Brigitte Bardot en passant par Françoise Hardy. Les Américaines Jane Fonda et Audrey Hepburn aussi succombent à l’esprit visionnaire de cet ancien étudiant en architecture.
Interrogé dans le journal de TF1 en 1976, Paco Rabanne assure que le métal est le symbole ultime de la féminité. "C’est un vêtement argenté, lunaire. Une femme nue sous un vêtement de métal est offerte et inaccessible, c’est tout l’érotisme", note-t-il. Il assimile ses œuvres de métal à "des armures" dont il aime draper les femmes "devenues des combattantes" après la naissance du MLF.
"Avec ces armures, elles essaient de conquérir leur indépendance vis-à-vis de l’homme. C’est très symbolique et ça correspond bien à l’époque", explique-t-il alors. Certaines de ses créations pèsent jusqu’à huit kilos. Mais sur les podiums, les mannequins ne doivent rien laisser paraître.
Paco Rabanne raconte se fournir "dans les usines, dans les laboratoires, les endroits les plus étranges du monde pour essayer de trouver une matière nouvelle". Il repoussera chaque fois un peu plus les limites du possible, allant jusqu’à utiliser des morceaux de carrosserie et des disques laser, puis à dessiner une robe en béton lors de sa collection automne-hiver 1995-1996. Ses défilés haute couture au Carrousel du Louvre ressemblent à des spectacles où l’inattendu est le maître mot. Plus d’une de ses créations auraient mérité le titre "d’importables"....
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