Cet homme a tout perdu. Daniel est un ancien garagiste. En 2017, des inconnus ont piraté son Kbis, la carte d'identité de son entreprise. Ces faussaires, probablement issus du grand banditisme, ont immatriculé à son nom des centaines de véhicules responsables d'une avalanche d'infractions routières. Résultat, en moins de trois ans, il a reçu pour près de 20 millions d'euros d'amendes. Une dette colossale qui l'oblige à repartir de zéro, comme ouvrier dans le bâtiment. "Ça fait mal au cœur, mais je n'ai pas le choix. J'ai une femme, j'ai trois enfants, j'en ai un dernier qui arrive, il faut pouvoir avancer et vivre. Ça fout un peu les boules, mais c'est comme ça", soupire-t-il dans le reportage de "Sept à Huit" à retrouver en tête de cet article.
20 millions d'euros d'amendes, cela représente des cartons entiers de contraventions que Daniel a trimballés avec lui quand il a quitté avec sa famille la Seine-Saint-Denis pour le Sud-Ouest. "On ne les a même pas dépliées celles-là, on en avait marre", lance sa femme, qui découvre un nouveau carton et s'étonne du montant de l'une des amendes : "1875 euros ! Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu des amendes comme ça", s'écrie-t-elle. Avant d'ajouter : "Il y a trop d'amendes. Ce n'est pas une centaine d'amendes, pas 2000 ou 20.000 euros. Là, il y en a pour 20 millions d'euros".
Les PV viennent de toute la France et même de pays voisins, comme l'Allemagne et la Belgique. Daniel est également dans le viseur de la police pour des faits bien plus graves : il est devenu suspect dans des dizaines d'affaires criminelles. "Un trafic de drogue dans la région de Strasbourg, kidnapping de personnes âgées. Sur Paris, il y a eu pas mal de braquages à main armée où les caméras filmaient les voitures. Pas de chance, elles étaient immatriculées encore au nom du garage", témoigne-t-il.
Je ne veux pas être endetté toute ma vie et voir mes enfants récupérer mes dettes
Daniel
Les malfaiteurs ont également vendu des dizaines de véhicules d'occasion défectueux. Leurs clients escroqués venaient directement s'en prendre à Daniel, chez lui à Noisy-le-Grand. "Ils ont essayé une fois de rentrer de force, j'ai dû appeler la police pour qu'elle vienne les calmer parce qu'ils voulaient tout casser. Personne ne me croyait quand je leur disais que j'étais victime d'une usurpation d'identité. On vivait avec la peur de se faire tuer, tabasser. J'ai dit à ma femme : 'on part d'ici, on abandonne tout'". La famille finit donc par s'enfuir dans les Pyrénées-Atlantiques. Et après plusieurs années d'enquête, des suspects sont interpellés, toutefois leur implication n'a jamais pu être prouvée.
En 2020, le tribunal de Bobigny a adressé un courrier à Daniel, qui reconnait son usurpation d'identité. Pour autant, rien n'arrête la machine administrative : le Trésor Public continue de lui réclamer de l'argent. "On se bat, on fait des courriers, on appelle les trésoreries, on envoie des courriers aux tribunaux. Je ne veux pas être endetté toute ma vie et voir mes enfants récupérer des dettes", lâche-t-il. Mais entre les frais bancaires et les saisies, Daniel a déjà perdu 50.000 euros.
Si Daniel possédait son propre garage, des particuliers peuvent, eux aussi, être victimes d'escroquerie au garage fantôme, montre par ailleurs l'enquête de "Setp à Huit". Une arnaque en plein essor, régulièrement ob...
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