Peut-on faire des études universitaires quand on est déficient visuel ? À l’occasion de l’ouverture, ce mercredi 18 janvier, des inscriptions sur Parcoursup avec la formulation des vœux, la Fédération des Aveugles de France se pose la question. Ce n'est pas la plateforme d'admission post-bac en elle-même qui pose problème, mais les sites des établissements vers lesquels les étudiants sont redirigés. Lors d’une étude publiée au printemps 2022, la Fédération constatait en effet qu’un trop faible nombre de sites web d’universités françaises respectait les obligations légales en matière d’accessibilité numérique.
Depuis la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, l’accessibilité numérique est devenue une obligation en France. Or, sur 59 sites d'universités, analysés par l'association entre avril et novembre 2021, seules 8,47% d'entre elles ont produit une déclaration d'accessibilité et 1,69% un lien du niveau de conformité sur la page d'accueil. "L'une des seules à produire les deux est l'université d'Orléans", cite en exemple la Fédération.
"Ce manque d’accessibilité constaté, au-delà du respect des obligations légales, compromet, voire interdit aux étudiants déficients visuels, des conditions d’études identiques à celles de leurs homologues voyants puisqu’ils n’accèdent pas aux outils pédagogiques indispensables", s'insurge-t-elle dans un communiqué. Pour la Fédération, cet accès aux formations pour les personnes déficientes visuelles est "un enjeu majeur pour garantir l’employabilité". "Or, aujourd’hui, plus de la moitié des personnes handicapées visuelles sont au chômage", dénonce-t-elle encore.
Pour se rendre compte de ces inégalités, lors d'un webinaire rassemblant en novembre dernier les acteurs de l’enseignement supérieur et les universités, Anne-Sophie, étudiante malvoyante à l’université de Marseille en master 2 Parcours Handicap et Dépendance, avait fait part de son expérience : "l’inscription est impossible à réaliser dans un environnement numérique inaccessible. Poursuivre ses études relève du parcours du combattant", alertait-elle, ajoutant : "quand il faut 20 minutes pour un étudiant voyant pour lire un document, une personne déficiente visuelle doit y consacrer au moins 2 heures 30".
Bruno Gendron, président de la Fédération des Aveugles de France, interpelle ainsi les pouvoirs publics pour faire évoluer cette situation "de toute urgence" et demande que "l’accès à l’enseignement et donc à l’emploi soit favorisé pour les personnes aveugles et malvoyantes et qu'elles ne soient pas considérés comme des sous-citoyens".
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