Souvenirs de Charles Simic

Antonio Muñoz Molina - El País - 14/01
Ce qui a poussé l'auteur américain d'origine serbe, mort le 9, à écrire, c'est le confluent de la banalité et de l'horreur, peut-être la principale leçon qu'il a tirée de toutes les vicissitudes de sa vie.

La littérature a une certaine utilité pratique : Charles Simic est mort, dans un état de démence, dans une maison de retraite, mais l'éclat et la noirceur de ses souvenirs sont conservés intacts dans les poèmes qu'il a écrits, dans ses cahiers, dans ses livres de souvenirs, dans lequel il n'y a aucune trace de langueur ou de complaisance dans le passé, mais une volonté de témoignage concentrée sur l'observation des détails qui révèlent les tragédies du monde, dont il a été témoin pour certaines avec ses yeux d'enfant. Homme ironique et amoureux des plaisirs de la vie, Simic détestait toutes les généralités et les grands mots, toutes les théories, toutes les utopies, toutes les obsessions de la pureté. Le rire, la nourriture, la passion érotique, étaient pour lui des affirmations de la vie aussi substantielles que la poésie, et inséparables d'elle. Dans l'un de ses poèmes les plus connus, Two Dogs, Simic évoque l'entrée de soldats allemands à Belgrade en 1944, alors qu'il avait six ans. Jordi Doce, que ha hecho más que nadie por difundir la obra de Simic en español, traduce así: “El modo en que todos nos quedamos en la acera / mirándolos con el rab...
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