Ras Beyrouth, la tête ou peut-être le front de Beyrouth, là où la ville donne soudain l’impression de se transformer en tremplin, en bond vers l’horizon. Ras Beyrouth, le bout de terre qui à chacun des ressacs semble se confondre avec la mer. Comment en regardant le Liban se former de loin lors d’un atterrissage, comment en fermant les yeux et imaginant le corps de notre ville, ne pas aussitôt penser à Ras Beyrouth ?
La piscine emblématique des habitués du club. Photo Michèle Aoun
Plus précisément aux conversations secrètes entre les deux phares de Manara ; à la grotte aux Pigeons, comme modelée par les invisibles mains du temps ; à la grande roue du Luna Park, juste à côté, qui fait tourbillonner ses couleurs dans le vent ; et puis bien sûr, de toute évidence, à l’éternel Sporting Club ? Éternel, puisqu’il est en ce sens difficile de lui estimer une date d’ouverture, il est presque impossible de lui donner un âge, tant cet établissement mythique nous paraît comme tatoué de toute éternité sur la peau de Beyrouth. Bien plus qu’un simple club balnéaire, le Sporting est d’autant plus culte qu’il a l’air d’exister en dehors du monde et des modes, en dehors du temps, et en tout cas en dehors de l’idée de la saison estivale. Ce lieu agit surtout comme une fugue si accessible, comme un condensé de notre tissu social chamarré et chaotique, comme un sédiment de notre mémoire collective et, qu’on se le dise, l’un des derniers endroits où, en l’espace d’une seconde, Beyrouth redevient la promesse d’un v...
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