Elle diffuse des fake news, relaie les positions du Kremlin et amplifie les polémiques sur les réseaux sociaux. Son nom ? CyberFrontZ. Installée à Saint-Pétersbourg, cette usine à trolls fonctionne tous les jours, 24 heures sur 24. À l'aide de ses 400 employés et de bots, elle a envahi Internet. Présents sur Twitter, Instagram, TikTok, Facebook et Telegram, ils publient chaque jour des milliers de messages.
La messagerie cryptée Telegram, moins surveillée, se voit inondée de publications. Sur le compte CyberFrontZ, les messages s’enchaînent et se multiplient. Certains assurent que les États-Unis ne veulent plus soutenir l’Ukraine, d’autres montrent “la réalité” du terrain. Une réalité qui leur est propre.
En plus des fake news, l’usine n’hésite pas à recruter ses employés en ligne. De commentateurs à spammeurs en passant par des analystes de contenus, tous les profils sont recherchés. Recrutés dans un seul but de "lutter contre la junte de Kiev, soutenue par les puissances occidentales". L’une de ces campagnes a d’ailleurs été relayée par le groupe Wagner. Cette milice, et son financier Yevgeny Prigojine, serait, selon un rapport britannique, liée à l’usine de Saint-Pétersbourg.
Faisant partie du cercle très rapproché de Vladimir Poutine, ce n’est pas la première fois que Yevgeny Prigojine est lié à de tels agissements. En 2016 déjà, il avait été accusé des ingérences russes dans les élections présidentielles américaines, une information qu'il a lui-même confirmée. Car oui, ces usines à trolls ne sont pas récentes.
Cette expression a initialement été utilisée en 2015 dans un article du New York Times, mais cette fois en rapport à l’annexion de la Crimée. À l’époque, ces trolls diffusaient déjà des messages pro-Poutine et anti-Ukraine, "le pays 404" comme ils le surnomment.
En pleine guerre de l’information, inondée par la propagande russe, l’Ukraine se défend. En 2015, par exemple, elle avait lancé un appel à l’aide. Sur la base du volontariat, ils repéraient les fake news et imitaient leur adversaire en vantant l’Ukraine. Mais comme l’explique Rudy Reishstad, de Conspiracy Watch: "Les deux ne sont pas comparables, d’un côté : les Russes sont des mercenaires de l’information qui hystérisent le débat, et de l’autre, les Ukrainiens font leur communication". C’est ce concept du "sharp power" ou “saper le modèle d’un pays cible" en Français qu’a expliqué l’expert à TF1info.
Aujourd’hui, les usines à trolls ne sont plus une particularité russe : Malaisie, Chine, Nicaragua, Turquie pour les plus connues. Toutes ont suivi le modèle du Kremlin. Cette faille de l’information semble même s’être immiscée dans les démocraties occidentales. Pendant la campagne présidentielle française, par exemple, certains partis ont utilisé la même technique.
L’information est une arme, et avec internet, sa force de frappe est décuplée. Marine Peltier, historienne et spécialiste de la propagande, contactée par les Vérificateurs, a décrypté le phénomène. "L’objectif des usines à trolls est d’être influent dans le débat public occidental. L’information est le nerf de la guerre et les Russes ont bien compris le potentiel d’Internet pour y parvenir”, nous explique-t-elle.