Surprenant ! La comète interstellaire Borisov a dégazé des vapeurs de métaux lourds !

Laurent Sacco - Futura Sciences - 20/05
Les comètes du Système solaire libèrent des atomes lourds dans des conditions où l'on pensait que ce ne serait pas le cas, ce qui a des implications encore mystérieuses sur la cosmogonie...

Les comètes du Système solaire libèrent des atomes lourds dans des conditions où l'on pensait que ce ne serait pas le cas, ce qui a des implications encore mystérieuses sur la cosmogonie planétaire. Remarquablement, la comète interstellaire 2I/Borisov fait de même, ce qui implique une certaine universalité de cette cosmogonie.

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Au début du XIXe siècle, le philosophe français Auguste Comte (allez visiter son appartement devenu musée à Paris, c’est émouvant), formé à l'École polytechnique et donc parfaitement capable de lire dans les textes les traités de Lagrange et Laplace en mathématique et en mécanique céleste, contemporain d'Ampère, Arago, Fresnel et Fourier pour ce qui concerne la physique, pensait que l'on ne connaîtrait jamais la composition physique et chimique du Soleil et des étoiles, car on ne pourrait jamais s'y rendre pour prendre des échantillons de matière.

Il se trompait, malgré sa maîtrise encyclopédique de toutes les sciences de son temps. De son vivant, l'astrophysique naissait. Déjà avec les travaux d'Arago sur la polarisation de la lumière, comme Futura l'expliquait dans le précédent article ci-dessous, mais surtout après sa mort avec la découverte de l’analyse spectrale par Kirchhoff et Bunsen vers 1860.

Cette nouvelle science allait donner des cauchemars à une partie de l'Humanité dans la nuit du 18 au 19 mai 1910. Désinformés par une partie des médias de l'époque et malgré les précisions rassurantes des astronomes et astrophysiciens d'alors, beaucoup attendaient la mort par empoisonnement en raison du passage supputé de la Terre à travers la queue de la comète de Halley. En effet, les analyses spectroscopiques avaient démontré qu'il y avait des molécules de cyanogène dans cette queue. Découverte en 1815 par le chimiste Louis Joseph Gay-Lussac, on savait qu'elle pouvait se comporter comme un gaz très toxique.

Heureusement, il était clair et à raison pour les scientifiques que le cyanogène allait se décomposer dans la haute atmosphère, écartant tout danger. Finalement, la Terre n'a pas croisé la queue de la comète comme on l'avait pensé, à cause d'erreurs de calcul.

Cette vidéo débute par une animation de la comète C/2016 R2 (PANSTARRS), réalisée à partir d'images couleur prises avec un des télescopes SPECULOOS installés à l'Observatoire de Paranal de l'ESO. La vidéo fait ensuite un zoom sur le noyau de cette comète. Dans une nouvelle étude réalisée avec l'instrument UVES du Very Large Telescope de l'ESO, une équipe belge a repéré des atomes de métaux lourds dans l'atmosphère des comètes, une découverte illustrée à la fin de la vidéo. On y voit le spectre de la comète C/2016 R2 et notamment les raies du fer neutre (FeI, bleu) et du nickel neutre (NiI, orange), marquant la présence de ces deux éléments dans l'atmosphère de la comète. © ESO/L. Calçada/M. Kornmesser, SPECULOOS Team/E. Jehin, Manfroid et al.

L'analyse de la composition chimique des comètes se poursuit encore de nos jours, par exemple avec la radioastronomie, mais elle peut se faire dans plusieurs bandes spectrales comme vient de le montrer à nouveau aujourd'hui une équipe d'astrophysiciens belge qui a utilisé les données de l'instrument UVES (Ultraviolet and Visual Echelle Spectrograph) du VLT de l'ESO, comme elle l'explique dans un article (Nature, Manfroid et al).

C'est ce que montre également et au même moment une équipe polonaise menée par Piotr Guzik, de l'université Jagellonne (Kraków, en Pologne), qui a publié un article consacré aux mesures faites à l'aide du spectrographe X-shooter du VLT de l'ESO lors du passage au périhélie de la comète interstellaire 2I/Borisov, il y a environ un an et demi (Nature, Guzik and Drahus).

Une source inconnue d'atomes lourds dans les comètes

Dans le communiqué de l'ESO au sujet de ces deux articles, on trouve plusieurs commentaires des chercheurs au sujet des résultats qu'ils présentent aujourd'hui. Ainsi, Jean Manfroid de l'université de Liège, en Belgique, déclare-t-il : « Ce fut une grande surprise de détecter des atomes de fer et de nickel dans l'atmosphère de toutes les comètes que nous avons observées au cours des deux dernières décennies, soit une vingtaine d'entre elles, et même dans celles éloignées du Soleil, dans le froid de l'espace. »

Pour bien comprendre de quoi il en retourne il faut savoir qu'en soit la découverte de la signature spectrale de ces éléments lourds dans le dégazage de comètes n'était pas forcément inattendue. On savait que les poussières et les roches présentes dans les comètes en contenaient, tout comme l'atmosphère du Soleil et beaucoup de météorites où l'on mesure d'ailleurs en rapport d'abondance dix fois plus de fer que de nickel. Mais, ce qui est surprenant, c'est que les astronomes belges ont mis en évidence la présence de ces éléments alors que les comètes étaient observées dans des régions froides du Système solaire, en l'occurrence à plus de 480 millions de kilomètres de notre étoile, soit plus de trois fois la distance Terre-Soleil.

La température est alors bien trop basse pour que des métaux...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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