On peut observer une raréfaction et un renchérissement considérable des engrais minéraux (azote, phosphore, potassium) depuis la reprise des affaires à la sortie de la crise Covid-19, mais surtout depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et les blocus qu'elle a entraînés. Cette crise, qui affecte de plein fouet l'agriculture mondiale, oblige à se reposer la question : peut-on se passer, entièrement ou partiellement, d'engrais minéraux pour nourrir correctement les 8 milliards d'habitants de la planète ? Faisons le point sur cette question essentielle.

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[EN VIDÉO] Notre agriculture bientôt affectée par le réchauffement climatique Certains des effets du réchauffement climatique se font d’ores et déjà ressentir. D’autres sont encore à venir. Les rendements de certaines cultures pourraient ainsi baisser de manière tangible dès 2030 sous l’effet de la hausse des températures, de variations dans le régime des précipitations et de fortes teneurs en dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. C’est la conclusion de chercheurs qui ont travaillé sur les modèles climatiques et de cultures les plus performants du moment. Les rendements du maïs, par exemple, pourraient fortement diminuer. (en anglais) © Nasa Goddard

Les deux systèmes de production de matières végétales les plus efficaces au monde, la prairie naturelle et la forêt tropicale, n'ont jamais connu la charrue ou l’épandeuse d'engrais.

La Nature n'a pas besoin d'engrais

La Nature arrive très bien à se débrouiller toute seule pour gérer tous les éléments minéraux dont ont besoin les plantes pour leur croissance.

Car les plantes, comme les humains, ne vivent pas seulement d'amour et d’eau fraîche… et de carbone ! Même si ces éléments sont très importants. Dans mon propre corps, par exemple, qui fait environ 80 kilos, on décompte quand même autour de 50 kilos d'eau et 14 de carbone. Mais, bien entendu, sans le reste : le calcium, le soufre, le phosphore, le sodium, le potassium, le chlore, le magnésium, le fer, le silicium, etc., je ne suis… rien !

Calculs de l’auteur à partir de chiffres Roullier - Timac Agro, musée Minerallium de St Malo.

Par exemple, je n'ai besoin que de 0,08 gramme d'iode dans mon corps pour être en bonne santé. Une très faible quantité, certes, mais si elle manque, bonjour les problèmes ! La thyroïde arrête de fonctionner correctement et les ennuis commencent : goitre ou gonflement de la base du cou, fatigue et manque d’énergie, dépression, troubles de la mémoire, frilosité, prise de poids, peau sèche et chute de cheveux, baisse du rythme cardiaque, constipation, crampes, etc., et règles abondantes et irrégulières pour les femmes. En fait, près de 2 milliards d'humains n’accèdent pas aux 150 millièmes de milligrammes quotidiens dont ils ont besoin… Car les plantes en contiennent très peu : il faudrait absorber entièrement l’iode contenu dans 11 tonnes de plantes pour acquérir ces 0,08 gramme d’iode ! D’où le fait que, au moins dans les pays développés, on ajoute artificiellement de l'iode (prélevé dans la mer) dans le sel de cuisine.

Les plantes sont similaires aux êtres humains : elles ont besoin d'énormément d'éléments nutritifs, mais elles, elles doivent les trouver dans le sol où elles poussent. Et c’est ensuite en ingérant ces plantes bien nourries (ou la chair et le lait des animaux qui les ont mangées) que nous pouvons nous développer et vivre en harmonie avec la nature.

Lorsque l'homme abattait une parcelle de forêt vierge pour la cultiver, il commençait par bénéficier à plein du stockage d'éléments nutritifs que cette dernière avait pu accumuler dans le sol. Et, dans le temps, lorsque cette fertilité baissait, il partait abattre un autre morceau de forêt et laissait plusieurs années la terre qu’il venait de cultiver reconstituer sa fertilité. Le même phénomène se passait lorsque l'on cultivait les deltas qui étaient inondés en période de crue des fleuves (par exemple, le delta du Nil du temps des pharaons) ; on bénéficiait alors des apports des éléments nutritifs charriés depuis l’amont des fleuves. Autre exemple, les pentes des volcans se révèlent extrêmement fertiles une fois la lave tranquillement refroidie.

Déforestation par brûlage pour mise en culture dans le sud du Mexique. Dans un premier temps, les terres ainsi gagnées sont très fertiles, mais ça ne dure pas ! Et on ne pourra jamais nourrir les 166 millions d’habitants du Bangladesh avec cette technique. © Jami Dwye, Wikipedia commons, DP

L'agriculture intensive, elle, a besoin d'engrais pour produire

Cette économie ancestrale itinérante à base « d’abattis-brûlis » n’a qu’un temps ; elle ne marche que tant que la population concernée est suffisamment réduite pour se contenter de rotations allant de vingt à cinquante ans, permettant à la forêt de se reconstituer. Elle permet de nourrir 10 à 30 habitants au km2. On a actuellement dépassé les 50 habitants au km2 sur Terre, déserts froids et chauds inclus.

La France compte actuellement 120 habitants au km2, le Japon 335, les Pays-Bas 420, tandis que des pays comme l’Inde, le Nig...
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