Ovnis : de la grande peur à la fraternisation

Philippe Guedj - LePoint - 29/12
TERREUR POP. Inventés par Méliès au cinéma, les extraterrestres se prêtent à tous les genres et à tous les sentiments, de l’effroi des origines jusqu’à l’amitié et à l’amour.

Sommes-nous seuls dans l'univers ? Obsessionnelle question à laquelle le cinéma a répondu dès 1902 avec Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès : bien sûr que non ! Dans le classique matriciel du cinéaste français, le satellite de la Terre abritait le peuple des Sélénites qui, déjà, entrait en conflit avec l'expédition de savants menée par le professeur Barbenfouillis. Comme un présage des innombrables productions où l'extraterrestre, créature popularisée par le cinéma, représente pour l'homme une menace à combattre ou fuir coûte que coûte. Il faudra plusieurs décennies et la rupture décisive opérée en 1968 par Stanley Kubrick dans 2001 l'odyssée de l'espace pour que, enfin, une intelligence venue d'ailleurs cherche à transcender l'humanité plutôt qu'à l'éliminer. En attendant, l'alien a la dent dure, particulièrement dans les années 1950. L'imagination des scénaristes hollywoodiens est alors stimulée par l'affaire Roswell en 1947 et la médiatisation des observations d'ovnis, qui se multiplient aux États-Unis à la fin de la guerre.

En avril 1952, l'US Air Force met en place le projet Blue Book, commission d'enquête sur le phénomène qui poursuivra ses travaux jusqu'en 1969, année de sa dissolution. Parallèlement, la guerre froide et l'équilibre de la terreur entretiennent un climat de paranoïa parfaitement compatible avec la crainte d'un grand anéantissement. L'âge d'or de l'alien belliqueux s'épanouit au grand écran. Adaptation du best-seller de H.G. Wells paru en 1898, La Guerre des mondes de Byron Haskin fait sensation à sa sortie en 1953. En Technicolor, des soucoupes venues de Mars pulvérisent des villes entières, insensibles aux arme...
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